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La Loge d'Aymeric

Sacre de Pina Bausch

9 Juin 2013, 09:49am

Publié par La loge d'Aymeric

Théâtre des Champs Elysées
6 juin 2013
Tanztheater Wuppertal

 

En voyant Le Sacre, je me dis que j'utilise sans doute trop l'idée que la danse me parait naturelle dans de nombreuses pièces (y compris classique ou néo). Ici, les danseurs se livrent corps et âmes à la chorégraphie, sans fards, accédant jusqu'à leurs limites physiques personnelles. S'ils sont exténués et qu'ils crient, soit. De la même pour la lourde respiration après de rapides enchainements. Les émotions les plus simples de l'homme se lisent sur les visages marqués. La peur, la violence, la fatigue, l'attention à l'autre.

 

Cette chorégraphie est marquante, elle m'a presque autant fatigué que les danseurs et j'en sors avec le cœur qui bat. Comment réussir à la détailler? Elle suit la trame la plus simple de la partition de Stravinsky. Alors que l'humanité semble s'éveiller, un grand danger approche, quelque chose est apparu. Il faut se purger, sans débarrasser, ou alors tout sera réduit à néant.

 

Une des femmes est allongée sur un étrange drap rouge. Une autre arrive, elle semble déjà avoir peur. Les autres suivent, plus sereines. L'arrivée des hommes semble instaurer une autorité craintive. L'opposition semble évidente. Les femmes semblent relativement soumises mais redeviennent tout d'un coup craintives. Les hommes deviennent plus attendrissants, ils ne ressentent rien pour l'instant. Le drap rouge se passe de femme en femme, comme un poids que personne ne peut supporter.

 

Alors que tous restent ensemble dans un coin, le doyen des hommes s’allonge soudainement sur le drap rouge et comme dans la version Nijinski il semble baiser la terre. Lorsqu'il se relève, les hommes forment un groupe qui se détourne de la scène. Les femmes sont recroquevillées, elles ont peur. Le doyen sait qu'il trouvera l'Élue, celle qui doit se sacrifier. Une à une les femmes s'approchent de lui avec le drap rouge, tour à tour apeurée, étonnée, hésitante. Puis la plus faible d'entre elles avance. Il ne la lâche pas alors que le reste de la foule tourne autour d'eux. Elle enfile le drap rouge, une robe sacrificielle. Puis se lance dans un dernier solo mortuaire désespéré où elle s'abandonne totalement aux mouvements.

 

Mes souvenirs exacts restent vagues, j'ai senti alors que les dernières notes tombent une énorme force et un grand épuisement. Le public a ovationné, mais je n'avais pas la force d'applaudir, tant j'étais sonné.

 

En voyant la compagnie interpréter une de ses œuvres phares, je me dis que le spectacle doit être bien différent avec une compagnie plus uniforme comme le Ballet de l'Opéra. Ici c'est bien l'humanité qui est représentée. Et elle n'est pas filiforme. Différentes origines géographiques, des grands, des petits, des maigres, des plus gros. La variété est surtout notable chez les femmes, une grande rousse aux larges épaules côtoie le physique plus faible et philippin de l'Élue. C'est sans doute cette variété qui rend encore plus frappante l'œuvre, ce n'est plus de la danse pour la virtuosité ou la beauté esthétique, mais pour frapper l'individu et dénoncer la violence dans la société.

 

Et pourtant même sans le vouloir, ils arrivent à des mouvements gracieux chez les femmes avec de superbes mouvements de bras et des mouvements bien plus violents et athlétiques chez les hommes. Ainsi lors d'une alternance de musique très légères à la flûte et plus graves au cor. Superbe.

 

Je regrette néanmoins que la soirée soit si courte. Alors que le Sacre sera présenté à Naples en Juillet en doublé avec l'autre chef d'œuvre de 1975 qu'est Café Muller, le public parisien se contente d'un documentaire en première partie. Film sur le travail de Pina avec une soliste du Sacre qui présente la chorégraphe comme on a pu la voir dans le film de Wenders ou le Tanzträume, mais ici cela me semble bien long, j'ai hâte de découvrir la pièce. L’étude de chaque mouvement de la main et du bassin attirera certes les professionnels, mais pour le reste du public, cela tourne rapidement à l’ennui. La fin du film est même huée. L'entracte est plus distrayant avec les machinistes qui installent la terre du Sacre, la ratissent et l'uniformisent avant d'être sauvagement mais superbement ravagée.

Sacre de Pina Bausch

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