La Loge d'Aymeric

Articles avec #Danse

Danse en mars 2014

3 Avril 2014, 12:33pm

Publié par Aymeric

La danse a été très diversifiée en mars, de la recréation classique aux projets contemporains de nouvelles compagnies.

L’Opéra de Paris a fini une période de flux tendus entre Onéguine et le programme Cullberg/De Mille. Ce dernier diptyque a décidément été très intéressant, surpassant la simple notion d’œuvres muséales, comme je l’avais pensé lors de ma première représentation. Je reste convaincu que le couple Bullion/Abbagnato est le meilleur pour exprimer les tensions de Mademoiselle Julie (j’admets ne pas avoir réussi à voir Grinsztajn/Bézard). Les personnalités des danseurs s’accordent parfaitement avec celles des personnages.

Ce fut un plaisir de voir Nicolas Le Riche pour sa dernière représentation à Garnier avant ses adieux. S’il donne une interprétation intéressante et explosive de Jean, j’ai trouvé que Dupont restait trop dans la retenue pour nous donner une Julie tout à fait convaincante. L’image qui me restera le plus de ce ballet est à n’en pas douter Yann Saïz, moustachu et vêtu d’un costume fuschia, en fiancée. Un rôle court et amusant que le danseur a relevé avec beaucoup de talents.

Fall River Legend est une œuvre très intéressante mais au bout de la troisième fois je me lasse un peu. A l’inverse de quelques autres bloggueurs, j’ai trouvé Pujol la plus réussie en Accusée, son jeu d’actrice est parfaitement en adéquation avec l’expressivité que demande le rôle. Le décalage avec la jeunesse de Raveau rend la pièce encore plus intéressante. Le couple Renavand/Chaillet m’a quand même laissé une bonne impression (surtout vu de si près), la complicité entre ses danseurs a bien servi dans les moments de couple.

J’ai continué mon chemin dans la danse moderne en allant voir les pièces contemporaines du Los Angeles Dance Project de Benjamin Millepied. Si la précédente édition m’avait laissé une impression moyenne, je suis sorti plutôt content de cette soirée au Châtelet. Les danseurs sont décidément d’une technique et d’une plastique idéale pour ce genre de répertoire ; ils semblent si heureux d’être là.

Mon premier replacement m’a écrasé les jambes et donc je n’ai pas trop pu regarder le Gat, mais la chorégraphie ne m’a pas tout à fait parlé. J’en ai vu un, je suis donc prêt à en aborder d'autres. La pièce du japonais Umeda (Peripheral Stream) jouait sur les stroboscopes du fond, chaque danseur semblait dépendre d’une fréquence de lumière et de son, pour un résultat certes épileptique mais très intéressant et électrisant. Je reverrai cette pièce avec plaisir.

J’ai regretté que la pièce de Justin Peck soit si peu originale. On aurait cru un remake 2014 de certaines chorégraphies de Robbins, West Side Story style. Pas trop de début ni de fin, des applaudissements timides arrivent entre chaque morceau, avant que l’on comprenne réellement que c’est fini en regardant notre montre. Un peu léger, heureusement que les interprètes sont si sympathiques. Les américains semblent beaucoup parler de ce jeune prodige du NYCB, restons donc à l’écoute.

Je me suis finalement réconcilié avec Millepied. Sa pièce de l’année dernière m’avait laissé une bien piètre première impression, et c’est sa pièce Closer (2006) qui m’a le plus plu dans cette soirée. Rien d’innovant, on sentait bien l’inspiration de Preljocaj (Le Parc surtout), mais la musique de Philip Glass et les danseurs ont réussi à me convaincre. On frissonne même un peu.

J’ai testé une nouveauté en fin de mois : la retransmission live depuis le Bolchoï (via le service de Pathé Live) d’un ballet. Avec une absence de ballets purement classiques à Paris en cette fin d’année, c’est la solution la moins couteuse pour en voir (les billets d’Eurostar reviennent finalement assez chers). La recréation de Marco Spada de Pierre Lacotte et son entrée au répertoire par le Bolchoï la saison dernière avait reçu de bons échos dans les médias. C’est le style français comme Lacotte aime et sait le défendre et comme le Bolchoï sait le danser. Seule la compagnie moscovite est capable de faire danser cinq (voire six) premiers solistes pendant trois heures sans que l’on puisse voir de signes de fatigue. La petite batterie est respectée, le jeu d’acteurs important et la virtuosité éclatante.

Hallberg est le maître de ce spectacle, naviguant à travers la scène et les pas de deux avec un sourire malicieux et amusé, et une aisance insolente. Obraztsova assure une contrepartie bien plus délicate, toute en finesse directement importée du Mariinsky. Smirnova, la rising star moscovite, s’impose effectivement comme une grande ballerine, dans l’interprétation comme dans la technique. Un trio de tête auquel se rajoute les différents mariés. L’histoire est moins complexe que Paquita (qui a réellement compris tout Paquita sur scène ?), mais tout aussi improbable. J’ai l’impression de voir un mélange entre Les Brigands d’Offenbach et La Fille du Régiment de Donizetti. Un délicieux et long spectacle dont on sort avec le sourire.

Le mois avait commencé par un autre numéro de virtuosité : le gala en hommage à Manuel Legris. Une sympathique soirée, malheureusement avec un public bien trop clairsemé. Attention néanmoins aux malédictions, un hommage alors que la personne est encore en vie peut porter malheur. Rassurez-vous, le directeur du Staatsballett de Vienne est bien en forme. Si la chorégraphie de Sylvia m’a bien ennuyé (les costumes viennent-ils de Une Sorte de… d’Ek ?), je l’ai trouvé remarquable dans Le Parc (avec une Aurélie Dupont qui se laisse enfin aller) et drôle et efficace dans la super Chauve Souris de Petit.

Il y chaperonnait d’ailleurs sa star Olga Esina, déjà remarquée lors de la dernière tournée du ballet aux Etés de la danse. Une bien belle danseuse aux jambes infinissables qui se glisse dans la plupart des rôles. Je passe sur son Lac, dont je me passe bien en gala, mais son Anna Karénine m’a bien donné envie de voir le ballet.

Les moscovites m’ont bien plu avec leur classiques Belle au Bois Dormant et Fille du Pharaon, toujours un plaisir de voir leur finesse et rapidité de jeu, Krysanoba et Chudin ont bien représenté la danse russe ce soir là. Tout comme les danseurs de Stuttgart (Eichwald et Vogel), si leur Manon ne m’a pas laissé de souvenir poignant, j’ai adoré leur Mona Lisa, du Forsythe réactualisé dont je garde un excellent souvenir !

J’ai trouvé le ballet de Paris un peu plus faible, Donizetti Pas de Deux n’est pas exceptionnelle et le solo de la Belle ne rend pas aussi bien quand il n’est pas inséré dans le ballet. Heureusement, la technique et les sourires de Giezendanner et Heymann nous empêchent de nous ennuyer !

Les stars de la soirée ont été sans aucun doute Nuñez et Soares. Leur Don Quichotte a commencé par montrer leurs capacités techniques, leur Winter Dreams leur capacité à émouvoir, même en peu de temps. Elle est décidément une superbe ballerine. Je trouve également que Soares a une certaine présence sur scène particulière, bien différente des autres danseurs de la soirée : il est terrien, attentionné, un peu brut.

Le mois de danse s’est fini par une très sympathique rencontre avec Isabelle Ciaravola à l’occasion d’une conclusion sur sa carrière officielle à l’Opéra de Paris. Enseignements en Corse et ailleurs (Pologne, Lettonie, Japon…), tournées avec Nicolas Le Riche, spectacles, la plus jeune ‘retraitée’ de Garnier semble tout à fait sereine pour son avenir. Je la retrouverai avec plaisir à Amiens avec Nicolas Le Riche.

Danse en mars 2014

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Février 2014

5 Mars 2014, 09:22am

Publié par La loge d'Aymeric

De moins en moins de temps pour des articles complets sur mes spectacles, donc voilà un premier tour d’horizon de mes spectacles de février 2014.

Février a décidément été le mois d’Onéguine. Moi qui m’étais promis de ne pas le voir trop de fois, j’y suis quand même allé quatre fois. Même en connaissant ce ballet par cœur (musique, chorégraphie), les émotions reviennent, bien différentes selon chaque interprète. Paquette a tenté de faire un poète romantique, ce qui ne marchait pas trop à l’acte II. En face, Pagliero avait du mal à se positionner en tant que Tatiana. Un peu hésitant, ils finissent le ballet de façon très propre. Le lendemain, Evan McKie est revenu de Stuttgart au dernier moment pour reprendre Onéguine avec Isabelle Ciaravola. Il est décidément parfait et a réussi à montrer toutes les subtilités du personnage ; elle reste une superbe tragédienne et est sans doute la danseuse qui a le mieux compris Tatiana. Je la retrouve pour sa dernière représentation à l’Opéra, cette fois avec Hervé Moreau. Ce ne fut pas une représentation larmoyante, mais heureuse. Tatiana s’est donnée tout entière à son partenaire, Moreau est décidément un danseur très noble et très dur dans un tel rôle.

Ciaravola est sans doute la plus grande tragédienne de sa génération. Effectivement je ne m’imagine pas trop dans les rôles ultra classiques du répertoire : La Belle, Le Lac, Bayadère ou encore Kitri, car son véritable potentiel aurait sans doute été gâché. Elle le dit elle-même, elle n’était pas une technicienne hors-pair. Ses mouvements reflétaient ses états d’âme. Ses grands rôles sont ceux d’actrices (Marguerite, Tatiana, Manon).

Lors de ces trois dates, Heymann et Giezendanner dansaient le couple secondaire Lenski/Olga. Il était bien heureux de retrouver une série longue sur la scène de Garnier et s’est donc donné à cœur joie dans ce rôle qui mêle joie amoureuse et souci de la mort. Son solo du deuxième acte semblait pousser plus loin celui du deuxième acte de La Belle. Charline a trouvé ici un bon rôle pour s’exprimer, certainement plus valorisant que l’éternelle Fée-Canari de La Belle, sa joie sur scène réussissait sa mission principale : s’opposer à la nostalgie de Tatiana.

Et puis il y a eu une représentation bien différente, la troisième distribution, celle d’Albisson et d’Hoffalt, de Révillion et Barbeau. J’ai vu une toute nouvelle version du ballet, qui m’a (désolé) fait penser à High School Musical, dans le sens où c’était une histoire de lycéens. Je me fiche bien que cela gâche Pouchkine, Cranko ou d’autres, j’ai adoré cette version où les sentiments et les réactions étaient bien plus jeunes. Ainsi quand Onéguine revient, Hoffalt a l’air de se dire ‘j’ai fait une bêtise.’ En osant blâmer Onéguine après le duel, elle devient femme et ce changement est d’autant plus visible avec une aussi jeune danseuse. Je suis réellement content que Révillion ait eu un rôle consistant en plus de sa Pierre Précieuse. Ce danseur appartiendra décidément à la prochaine génération prometteuse. Il m’a convaincu tout à fait en Lensky. Voir la chronique des Balletonautes, avec qui je suis décidément de plus en plus d’accord.

J’ai également pu voir une fois le double programme très intéressant Cullberg/De Mille avec ce que je jugeais être la plus équilibrée des distributions. Pujol était parfaite en Accusée de Fall River Legend, son expressivité, qui en fait parfois un peu trop, est ici tout à fait à sa place. Elle est cinglante et glaciale en meurtrière, mais tout d’un coup plus attendrissante quand elle rencontre Pierre-Arthur Raveau, le jeune pasteur qui cherche l’amour et une âme à sauver. Il est attiré par cette jeune fille si différente. Les scènes de groupe réalisent de bons ensembles. Cette danse qui semble briguer l’héritage expressionniste de Lifar n’est pas tout à fait ma tasse de thé mais se laisse regarder sans trop d’excès.

En face, Abbagnato jouait une Mademoiselle Julie qui reflétait tout à fait ses talents. Elle est la descendante d’une grande famille, le dernier rejeton pourri gâté et mal élevé qui veut un nouveau jouet. Elle fait fuir son fiancé, Yann Saïz, excellent même avec sa moustache et son costume violet, et se cherche un nouveau jouet. Elle regarde alors un de ces domestiques, Jean, qui drague déjà d’autres domestiques. Bullion de la même façon trouve là un rôle taillé pour lui : le domestique distant un peu froid, qui fait le travail et retourne vers autre chose. La scène de la cuisine semble directement venir du Carmen de Roland Petit, Abbagnato debout qui tente de faire craquer Bullion. Sauf qu’ici c’est elle qui souffre. La dernière scène, celle du tableau des ancêtres qui prennent vie pour blâmer l’enfant, prévient déjà l’arrivée d’Ek. Un excellent ballet que je vais sans doute aller revoir.

Pour finir sur le ballet de l’Opéra de Paris, j’ai pu profiter d’une visite de l’Ecole de Danse de Nanterre, berceau actuel de la fameuse Ecole française de danse classique. Il est passionnant de voir les locaux d’où viennent les futures étoiles du Ballet et pouvoir échanger quelques mots avec Elisabeth Platel, directrice du lieu, une femme qui s’est dévouée corps et âme à la tradition française.

En danse, j’ai également pu voir un Don Quichotte au Palais des Congrès, dont j’ai parlé ici, avec Daniil Simkin et Iana Salenko.

Enfin, j’ai assisté à la performance de Noé Soulier au Palais de Tokyo, Mouvement sur Mouvement. Tout en exécutant des pas venus de Forsythe, Soulier nous récitait un texte sur le mouvement, les référentiels, le rapport entre les actes. Une performance courte, intéressante, qui traite de Bausch, Forsythe ou encore Cunningham.

Côté théâtre, je suis allé voir Les Fausses Confidences avec Isabelle Huppert et Louis Garrel et le Roméo et Juliette de Briançon. Je suis également allé au Français voir Le Songe d’une nuit d’été mis en scène par Muriel Mayette, que j’ai vraiment détesté, je ne m’étais pas autant ennuyé depuis longtemps. La traduction était bien plate, les coupures embêtantes, la scénographie en papier et les costumes ne créaient rien qui me paraissait pertinent. Heureusement la performance de Vuillermoz et de ses acolytes a réussi à éviter le naufrage.

Côté opéra, j’ai été plus flemmard, et n’ai pas réussi à voir Butterfly ou Alcina. J’ai néanmoins été voir La Fanciulla del West avec Stemme à Bastille : une mise en scène américaine ultra kitsch, mais qui m’a bien plu. L’œuvre rappelle La Bohème ou malheureusement parfois Il Tabarro. Décidément pas un chef d’œuvre, mais une bonne distraction, et quel plaisir d’entendre Stemme après son Tannhäuser il y a quelques années.

J’ai été conquis par Pelléas et Mélisande, dont ma critique est ici. L’Opéra Comique retrouve une des œuvres créées dans sa salle et lui offre une mise en scène sobre qui met en valeur l’œuvre, avec des chanteurs français d’un très haut niveau, sous une belle direction. J’ai maintenant hâte de voir la production Wilson à Bastille la saison prochaine.

Enfin, dans la dernière catégorie, celles des ‘autres’ spectacles, je parlerai tout d’abord de Tabac Rouge de James Thierrée, un spectacle pluridisciplinaire : cirque/acrobatie, musique, et théâtre en tant qu’expression dramatique. En rangeant ce spectacle dans la catégorie de « Théâtre, » le TdV a peut-être mal visé le public. Sans presque aucune parole, je comprends tout à fait la trame de cette histoire. Le dictateur, tel Akel dans Pelléas, va mal, et tout l’univers en souffre. Ces ‘minions’ se contorsionnent de douleur et tentent de le distraire. Il essaie de s’échapper mais l’armée l’en empêche. Une trame presque venue d’Ionesco : absurde, émotion, esthétique. Ce grand final où les parois s’élèvent et se détachent, illuminant alors enfin l’espace, rend une très belle image. Thierrée est exceptionnel dans ce rôle de fou. Chaque geste est détaillé, et c’est bien un ‘choréo-drame.’

Mon meilleur spectacle reste décidément le Kabaret Warszawski de Warlikowski dont j’avais parlé ici.

Février 2014

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Don Quichotte: Simkin et Salenko

9 Février 2014, 18:38pm

Publié par La loge d'Aymeric

6 février 2014

Palais des Congrès

Saint Pétersbourg Ballet Théâtre.

Kitri: Iana Salenko; Basilio: Daniil Simkin.

Après l'overdose de Don Quichotte la saison dernière (Opéra de Paris et de Vienne), il fallait se forcer pour retourner voir la version du Saint Pétersbourg Ballet Théâtre. Mais vu les têtes d'affiches, Simnkin et Salenko, se forcer pouvait faire du bien. Je les avais déjà vus au gala des étoiles du TCE et je n'attendais que de les revoir dans un ballet complet. Dommage que cela soit tombé sur cette compagnie.

L'avantage du SPBT est qu’ils sillonnent la France dans des grandes salles plus populaires, comme ici au Palais des Congrès, et ont une volonté de donner accès au grand public à un art jugé élitiste. Ainsi, régulièrement, on voit des affiches de Casse-Noisette, La Belle, La Bayadère, Le Lac des cygnes, Don Quichotte. Le contre point principal est que ces productions sont bien souvent kitsch, mal arrangées et simplifiées, et franchement décevantes. Se voulant populaire, le prix des places restent pourtant élevé.

Kolesnikova, la star de cette compagnie, avait été refusée du Mariinsky et du Mikhailovsky et s'était donc mis dans une compagnie dont elle a rapidement pris la direction. Elle a un talent certain, que j'avais pu voir déjà dans La Belle, Casse-Noisette et Le Lac. Un petit côté diva que j’apprécie chez les russes, et une technique assurée. Mais le corps de ballet était souvent catastrophique, avec des demi-solistes qui rattrapaient quelque fois la soirée. Les costumes et les décors sont dans l'ensemble kitsch et parfois passés (permettant d’ailleurs à l'inverse de mettre en valeur les productions de l'Opéra dont on oublie parfois la qualité).

Cette soirée n'a fait que confirmer ces idées. Don Quichotte est un long ballet et il faudrait donc que ce qui se passe sur scène fasse passer agréablement le temps, seulement ici c'est un échec et on attend avec hâte les prochains moments où les solistes apparaitront. L'histoire ne se suit même pas facilement ; la scène des Dryades semblait ainsi sortie d'un chapeau.

Et le Palais des Congrès n'est vraiment pas la salle adaptée pour de la musique ou de la danse. Les changements de décor durent bien trop longtemps, les lumières font rapidement show à l'américaine. Et quand l'orchestre est passablement passable, l'acoustique n'aide pas vraiment à le mettre en valeur.

En allégeant la chorégraphie (et la partition), on évite donc le prologue, mais le corps de ballet est trop souvent sans pointes et les lignes sont mal réglées, bref tout ce qui énerve n'importe quel balletomane. Heureusement Salenko et Simkin arrivent, sauvant la première partie. Ils s'insèrent dans l'ambiance du ballet sans snobisme. Seul leur danse et leur talent d'acteur leur permettront par la suite de se distinguer largement. Ils sont jeunes, petits (1m70 pour lui, encore moins pour elle), tout mignons. Leur complicité évidente rend contagieux leur enthousiasme. Son ballon époustouflant entraine des applaudissements furieux, ses pointes de même. Il est rare de voir une telle osmose entre deux danseurs et un tel désir de danser, Don Quichotte était un choix évident pour les voir ensemble. Seulement, une fois qu'ils s'assoient, le terrible Ennui revient. Je remarque néanmoins que, si la danseuse des rues est plutôt faible et danse peu (et "danse" autour de verres plutôt que de couteaux), Espada est particulièrement bien choisi pour ce rôle: viril, imposant.

Noureev avait eu la bonne idée de rajouter un pas de deux sur la musique de Bayadère au deuxième acte qui donnait un peu de danse à la scène des gitans, ici narrative et ennuyeuse. Après une longue attente dans le noir, on arrive dans un monde des Dryades qui fait exception au reste du ballet, le corps de ballet est dans l'ensemble correct (sans doute car il sert plus de cadre que de danseurs), mené par une Reine, Tkachenko, qui semble plus âgée mais à la technique solide et majestueuse. Cupidon est plus reconnaissable que dans la version Noureev, mais parait un peu trop enfant et instable ici. Salenko est brillante, ses développés et ses bras flottent sur la scène. Puis l'Ennui reprend jusqu'au mariage, avec toutefois un regain d'intérêt lors de la scène du suicide.

Le pas de deux du mariage justifie à lui seul l'ensemble du spectacle, les applaudissements ne s'arrêtent pas. Pour autant, Simkin n'est pas (plus ?) une bête de cirque, leur adage n'est pas explosif mais juste ; il laisse de la place à Salenko pour un ensemble équilibré. Il fait ensuite penser à de mythiques icônes du ballet masculin lors de sa variation, le public reste scotché. Salenko offre une variation de l'éventail toute en finesse, narguant le public avec ses piqués, avant le grand feu d'artifice de la coda, sous un tonnerre d'applaudissements.

J'espère maintenant revoir ces solistes avec une grande compagnie derrière eux

Don Quichotte: Simkin et Salenko

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Onéguine, deux premières soirées

9 Février 2014, 18:14pm

Publié par La loge d'Aymeric

3 et 4 février 2014

Palais Garnier

Direction musicale: James Tuggle

Onéguine: Karl Paquette / Evan McKie; Tatiana: Ludmila Pagliero / Isabelle Ciaravola; Lensky : Matthias Heymann; Olga: Charline Giezendanner; Grémine: Christophe Duquenne / Karl Paquette.

Deux Onéguines en deux soirs, c'est un luxe inouï, heureusement que les places de catégorie 5 se libèrent de temps à autres pour cette série de représentations qui affiche bien complet. Mon premier ballet à l'Opéra fait toujours autant plaisir à voir, même après l'avoir vu autant de fois, comme ici la saison dernière à Londres. S'il est bien dansé, les émotions seront toujours au rendez-vous.

Le roman en vers de Pouchkine est une de mes œuvres littéraires préférées et je conseille à tous de le lire. Le style est simple et léger mais diablement efficace, on se laisse porter par l'histoire, les descriptions et surtout les sentiments. En le lisant, Cranko a su s'en approprier les idées pour les mettre en musique et en danse. Il recentre l'action sur six moments importants, qui donnent la part belle à Tatiana. Les autres solistes ne sont pas en reste, que ce soit Onéguine, son ami Lenski ou encore la sœur de Tatiana, la jeune Olga.

L'œuvre est très facile d'accès, l'histoire se suit sans problème, facilitée par des costumes reconnaissables et une ligne dramatique fluide. La danse est naturelle et aide à faire comprendre les troubles sentimentaux et les enjeux de l'histoire. La musique tirée des œuvres de Tchaïkovski est le fruit d'un travail complexe de Cranko et de Stolze, son responsable d'orchestration. Les thèmes reviennent, remaniés à travers la soirée et restent bien en tête quelques jours après.

La première scène se passe dans le jardin de Madame Larina, la mère des deux sœurs. La rêveuse Tatiana lit un livre romantique, alors que sa sœur tout excitée du futur bal cout avec sa mère et sa nourrice. Elle se moque de Tatiana, alors que des amies arrivent. Mme Larina montre alors un miroir qui dévoilerait le visage de celui que l'on aime. Assise devant, Olga voit alors Lenski, son fiancé, apparaitre derrière elle. En voisin de campagne, il amène un de ses amis arrivé de St Pétersbourg, Eugène Onéguine, jeune dandy perpétuellement ennuyé qui charme tout de suite Tatiana qu'il emmène se promener. De jeunes amis viennent danser, puis les couples se succèdent sur scène dans des atmosphères bien différentes.

Nous arrivons ensuite dans la chambre de Tatiana qui veut écrire une lettre à Onéguine dont elle est amoureuse. Elle finit par s'endormir et rêve que le jeune homme entre, via son miroir. Dans sa chambre s'ensuit un duo qui, s'il est bien réalisé, peut être superbe et remplie d'émotions, rappelant les portés de Neumeier dans La Dame aux camélias. Au petit matin elle se réveille et fait porter une lettre au jeune homme.

Lors du bal donné pour son anniversaire, Tatiana reçoit sa famille, vieux oncles et tantes, et ses amis. Sa mère a également invité un ami de la famille, également ami d'Onéguine, le prince Grémine. Lenski vient accompagné d'Onéguine qui arrive en baillant, il se moque bien de cette petite noblesse campagnarde qui ne vit qu'au rythme des mariages et des moissons. Il réussit à isoler Tatiana pour lui rendre froidement sa lettre. La jeune femme est désespérée alors que la compagnie revient dans le salon. Pour tromper son ennui, Onéguine joue aux cartes puis décide de draguer Olga, qui se laisse prendre au jeu. Le fiancé devient furieux provoque alors son ami en duel, qui accepte. Le rideau ouvre ensuite sur Lenski qui danse un solo funéraire. S'ensuit une scène de supplication où les deux sœurs le supplient de revoir sa décision, qui refuse. Il se fait ensuite tuer par son ami, qui revient désespéré.

La dernière partie se déroule des années plus tard. Dans le livre, Onéguine a fait un tour d'Europe et revient dans les capitales, où il se rend à une réception chez le Prince Grémine et sa nouvelle femme, Tatiana. En voyant le duo d'amour familial qui est dansé devant lui, Onéguine est au désespoir, il voit sa vie défiler devant lui entre les couples du bal et se rend le lendemain chez la jeune femme. Si elle l'aime toujours, elle ne peut pas rompre son engagement de mariage. Elle se laisse aller puis se reprend. La jeune fille est devenue une femme respectable, une Tatiana, pas une Karénine, elle crie son désespoir alors qu'Onéguine s'enfuie.

Commençons par les ensembles. L'orchestre dirigé par James Tuggle ressort le meilleur de cette partition remplie d'émotions, jouant sur les tempi pour suivre les changements d'humeur sur scène.

Le corps de ballet était sympathique dans le premier acte, la jeunesse de l'ensemble rend crédible la scène de flirt pastorale. Au deuxième acte, le mélange entre jeunes et vieux est toujours aussi amusant. Le problème du troisième acte est qu'il est un peu trop touffu. Les robes sont très lourdes, accentuant l'implacabilité de cette cour pétersbourgeoise, mais la scène de Garnier n'est pas extensible et les bras s'entrechoquent un peu trop, les lignes ne sont pas impeccables et on arrive rapidement à un mélange un peu compliqué. Les meneurs du corps de ballet sont choisis par les héritiers Cranko (au droit de regard implacable sur les distributions) parmi les espoirs de la compagnie: Bittencourt, Bourdon, Park, Révillion, Stokes.

Lors des deux premières, le couple secondaire était dansé par Mathias Heymann et Charline Gizendanner. Ils offraient à leurs rôles toute la fraicheur dont a besoin un couple proche du mariage. Heymann n'était peut être pas suffisamment dans la retenue, mais Lenski prenait ainsi un coup de vivifiant qui n'était pas déplaisant. Surtout, il a poussé Charline vers le haut, elle paraissait un peu stressée lors de la première, cela s'était un peu calmé à la deuxième représentation. Dans son solo du deuxième acte, sa danse mortuaire avant le duel, il en fait peut être un peu trop, mais on y croit quand même. Les deux soirs j'ai été ému par ce moment en particulier.

Grémine est un rôle un peu en retrait mais qui nécessite une affection particulière, tant il est important que le couple qu'il forme avec Tatiana doit être vraisemblable et symboliser l'amour fidèle. Duquenne est (malheureusement) un habitué de ces seconds rôles et le joue tout comme il faut, protégeant presque la jeune Pagliero dans le grand monde moscovite. Paquette réussit également à me convaincre, son couple avec Ciaravola n'est plus à prouver, ils se comprennent et la tendresse est au rendez-vous.

Car Paquette est davantage un gentil qu'un méchant, il ne réussit pas à paraitre snob et désagréable en Onéguine lors de la première. Pour la première scène et la rencontre avec Tatiana-Pagliero, il donne presque une nouvelle version de l'œuvre, il est devenu un poète maudit incapable d'aimer. Mais malheureusement cette vision ne correspond pas au reste du ballet et on se perd un peu dans la seconde partie, j'ai du mal à croire à la scène du bal. Le pas de la chambre ne fonctionne pas tout à fait, Pagliero va trop vite, les portés affichent quelques difficultés.

Heureusement la soirée change de tournant après la deuxième entracte, entre l'affection du couple Pagliero-Duquenne, le dernier pas entre Paquette et Pagliero affichent une vraie passion. Elle réussit pendant tout le ballet à entrer dans ce rôle de tragédienne. Dès la première scène, elle joue impeccablement la jeune fille amoureuse admirative de ce bel inconnu. Si sa prestation dans la chambre ne m'a pas laissé d'impressions marquantes, je pense qu'il manque un peu de répétition car ses émotions sont présentes. Le changement est flagrant avec la dernière scène où la femme apparait, maitresse d'elle même, reine dans son palais et de sa technique.

Le soir de la deuxième, le couple-star est arrivé sur scène. Ciaravola-Moreau, Le couple que j'attendais, car il avait été mon premier à l'Opéra, n'a malheureusement pas pu se refaire en ce début de série, Moreau s'étant légèrement blessé. Comme lors de la dernière série, la direction a donc eu l'excellente idée d'appeler au secours le spécialiste ès Cranko, ès Oneguine: le formidable Evan Mckie.

Ce couple a été éprouvant à force d'être émouvant. En croisant McKie sortir de la première, je vois que même dans la rue il est élégant, il est presque naturellement Onéguine. Sur scène on y croit donc d'autant plus. Ils n'avaient jamais dansé ensemble même s'ils en parlaient depuis longtemps. Ils ont eu peu de répétitions et pourtant aucun accroc sur scène.

La scène de la chambre est pleine d'émotions, je n'étais pas resté autant scotché à la scène depuis longtemps. Les moments plus théâtraux sont également réussis, comme le bal ou la scène avant le duel. Lorsqu'il emmène Isabelle-Tatiana se promenait et qu'il va trop vite pour elle, on voit cette subtilité dans ces gestes: je veux m'amuser avec cette petite fille et quand même, un peu, être son ami. On croit à son désespoir lors du troisième acte et son départ est déchirant.

Ciaravola retrouve un de ses meilleurs rôles, c'est sa nomination, celle qui a mis tant de temps à arriver, c'est sa consécration. Elle est tragédienne à 100% avant d'être technicienne. Lors de son solo du bal, elle réussit à être si émouvante en reculant sur pointe. Pour la dernière scène, elle est en larmes. Elle remerciera sincèrement Evan Mckie au salut, le saluant pour une très belle prestation.

Onéguine, deux premières soirées

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Mois de janvier 2014

6 Février 2014, 11:52am

Publié par La loge d'Aymeric

Le mois de janvier : quelques surprises, une révélation, mais toujours quelques déceptions.

 

Le spectacle marquant de ce mois est évidemment Einstein on the Beach, 5h de spectacle qui réussissent à garder l’attention (presque) sans moment creux.

 

En danse ensuite, je n'ai pas résisté à la dernière Belle au bois dormant de la série le 4 janvier. Espérant revoir la délicieuse Ould-Braham et le spectaculaire Heymann, un changement de dernière minute (as in deux minutes avant le lever du rideau) amène Albisson sur scène. Elle a su donner une Aurore plus jeune fille que les autres titulaires, affirmant une technique en pleine maturation. Si Magnenet fatigue rapidement, Alu finira avec brio une série (trop?) bondissante d'oiseau bleu. Barbeau convient mieux que la terrienne Colasante en Florine. J'ai pu assister à cinq représentations de La Belle, certainement le plus spectaculaire des ballets de Noureev. J'espère que la Belle ne s'endormira pas de nouveau pour dix saisons....

 

Splendeurs et misères des ballets, je suis allé au Gala du Bolchoï pour Les Illusions Perdues. La partie gala était toute aussi brillante que pour le tricentenaire la saison dernière. Une fois entré dans la salle, c'est une toute autre affaire. Après une tournée éblouissante il y a deux ans avec Don Quichotte et Flammes de Paris, qui signait avant tout l’excellence de la compagnie, ils sont revenus avec une œuvre particulièrement étrange. Le phénomène Ratmansky semble prendre dans le monde anglo-saxon (les comptes twitters parlant aisément de #ratmanskyness), mais tout ce que j'ai pu en voir restait sous la barre du passable. Ainsi de Psyché. Ainsi de Flammes (des interprètes époustouflants malgré une chorégraphie bien plate).

 

Je retrouve avec plaisir David Hallberg (que j'avais vu deux semaines avant en Désiré) et Evguenia Obraztsova, mais je m'ennuie terriblement. La dimension narrative est encore plus forte que dans Les Enfants du Paradis ou La Petite danseuse de Degas et cela finit par écraser le ballet. J'adore Balzac mais pas en ballet. Et je ne parle même pas de la musique assommante d’Asafiev. Une ou deux variations intéressantes mais le ballet ne prend pas.

 

J'ai écrit une note sur Les Nuits de Preljocaj, une œuvre amusante qui dépasse le vulgaire pour se distancer des clichés romantiques du ballet. De l'érotisme, de la sexualité, oui c'est possible dans une salle de spectacle.

 

Les derniers ballets que j'ai vus étaient à Londres où j'ai pu découvrir le classique des classiques: Giselle. Ma critique est ici. Deux placements différents dans la salle, de l'amphithéâtre au coté de la scène, deux distributions éclatantes. Lamb et McRae m'ont fait pleinement croire à leur histoire, je me croyais en Allemagne et la fin m'a rempli d'émotions. Des danseurs nobles et beaux, qui s'opposaient à une Myrtha souffrante. Nunez et Soares étaient totalement différents, avec bien plus de violence sur scène contre une Myrtha rageuse. Si le physique de Soares l'éloigne des rôles classiques, sa performance semble presque actualiser l'histoire de Giselle et la placer au XXIe siècle. Nunez ne fait pas pleinement jeune femme, mais guide Albrecht dans ses péripéties. La pantomime se mêle à la danse, le superflu est éliminé, la virtuosité laisse place à l’élégance. Si la Sylphide m’avait donné une mauvaise image du ballet romantique, Giselle redort le blason.

 

Enfin, le dernier ballet du mois de janvier n'en était pas réellement un. Le Swan Lake de Bourne au Sadler’s Well privilégie largement l'idée à la danse, sacrifiée au raisonnement de mise en scène. J’avais déjà vu tout cela dans son Sleeping Beauty. Je suis donc épaté par les conceptions visuelles en termes de décors, costumes, lumière et dramaturgie mais la danse est trop absente. Le thème de l'homosexualité qui sort de la partition de Tchaïkovski avait été intelligemment utilisé par Dada Masilo pour sa version de Swan Lake. J'en étais ressorti bouleversé. Bourne décide de privilégier le spectacle: le prince souffre d'un complexe d'Oedipe, souhaitant se suicider il rencontre un homme cygne dont il tombe amoureux. Même histoire que chez Petipa, mais les cygnes sont des hommes. Bourne réussit à nous livrer un bon spectacle, on rit, on admire l’idée.

 

Côté lyrique, je suis sorti du répertoire italien classique pour accéder à des nouveautés, au premier rang desquels The Rape of Lucretia de Britten avec les solistes de l’Atelier Lyrique dont j'ai parlé ici.

 

Je suis ensuite passé aux opéras français avec une Lakmé aussi clichée que je l'attendais. Rien n'est ménagé sur l'opposition entre les Indiens sacrés et les Européens terriens. La musique est agréable sans me transcender, le livret bien plat. Regret principal : ne pas voir Lilo Baur plus inspirée pour la mise en scène, trop lisse, sans recherche réelle et sans reflet de l'œuvre. Peut etre avait elle peur de mettre en scène une œuvre si connue qui permettait tant de choix. L'ensemble est heureusement mis en couleurs par Devieilhe et Frédéric Antoun. Je n'ai pas été aussi sensible à sa voix à elle, saluée brillamment par les critiques officielles, mais j'ai passé un bon moment.

 

J’attendais de l’ennui de Werther, mais une fois les critiques de la première sorties, je me suis finalement forcé à y aller. Alagna et Deshayes m'ont enchanté. Lui n'était pas aussi rustre que d'habitude et a réussi à offrir un visage de poète romantique français. Elle s'éloignait des rôles que je l'avais vu prendre (Cherubino, Angelina, Despina, Sesto) pour nous donner une Charlotte raffinée et désespérée. La mise en scène de Jacquot est efficace mais l'ensemble manquait de force lors des derniers instants, qui aurait pu être plus larmoyant. Plasson dirigeait avec une rigueur et une grande sobriété, la musique en elle-même m'a ému. Je n'en attendais pas tant depuis Manon, Massenet m’intrigue de nouveau.

 

Un retour aux Italiens en fin de mois, avec un Rossini de jeunesse, La Pietra del Paragone. J'en retiens les prémices du talent rossinien, avec ce qui deviendra si caractéristique dans ses opéras bouffes, mais ici, les rebondissements sont trop attendus et les moments éclatants de musique sont rares. Néanmoins j'apprécie les solistes et leur intégration à la mise en scène. Celle ci utilisait la méthode de l’incrustation (comme dans une émission de météo), filmant les solistes sur un fond bleu. A l’écran, plus haut, l'image écran les plaçaient dans un autre décor: piscine, salon, chambre, jardin, terrasse. Ou comment s'éviter le tracas des décors. L'ensemble est astucieux, je passe donc un bon spectacle, sans plus.

 

Mois de janvier 2014

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Les Nuits (blanches) de Preljocaj

12 Janvier 2014, 20:55pm

Publié par La loge d'Aymeric

Vendredi 10 janvier 2013

Théâtre de Chaillot

Les Nuits, Angelin Preljocaj

Compagnie Preljocaj

 

En créant Le Parc, Preljocaj était encore un chorégraphe bien élevé, qui parlait d'amour en faisant intervenir Marivaux et Mozart. 20 ans plus tard, Angelin s'est un peu décomplexé et nous présente ses nuits torrides.

 

Les Nuits nous présente une vision un peu pessimiste des couples au XXIe siècle. Tout le monde se drague, puis se retrouve dans des lits pour du sexe plutôt violent, puis on se redrague et ca repart. Certes cela fonctionne pour certains couples, où la violence entraine des sentiments d'amour palpables, mais c'est malheureusement rapidement noyé dans la masse. La fin ne nous laisse pas une meilleure idée, les femmes sont laissées après la nuit, enfin indépendantes, jusqu'à la prochaine nuit,

 

Et Shéhérazade dans tout ça? Et les 1001 nuits? Et bien gardons le sur le côté. La femme intelligente du khalife ne surgit d'aucune femme ici. Aucune ne réussit à calmer les ardeurs de son mari pour le fidéliser, sauf une, un instant, noyé dans le reste de l'action. Si cette pièce nous raconte la vie d'une Shéhérazade version 2013, c'est alors une vision plutôt triste. Certes comme la princesse, elles sont indépendantes le jour mais forcenées la nuit. Mais c'est un peu tarabiscoté.

 

Le rideau s'ouvre sur les douze femmes, au hammam, on dirait une before entre copines, on se pomponne avant de sortir. Puis comme toujours les hommes entrent, le rythme s'accélère et on arrive dans une ambiance plutôt sexy, une boîte chaude où les couples se font et se défont. Première apparition de la violence.

 

Un couple d'hommes reste seul, ce sera un couple de femmes plus tard. Les premiers sont violents entre eux, les deuxièmes plus sensuelles. Les hommes sont jaloux de cette sensualité, arrivent pour intervenir et les séparer.

 

Entre ces deux scènes de couple, une scène qui semble rappeler un bal comme dans Grease, tout le monde est habillé plus sagement, les femmes ont leur chorégraphie, les hommes la leur, et il y a peu d'interactions. Une transition avec le prude Parc?

 

Les femmes, dans une robe d'un rouge sensuel, dansent sur talons aiguilles, sur une chanson qui parlent de girlz. Comme quoi les garçons, c'est pas gentil et c'est vraiment pas le prince charmant. Plus tard on retrouvera une scène identique, où des hommes arrivent, bien habillés, bien propres. Ils sont gentils, caressants. Mais finissent par repartir. Le prince charmant n'est qu'un rêve.

 

Deux scènes se distinguent néanmoins de cette méchante vision. Après ce qui s'avère être des partouzes, un couple reste sur scène et semble se découvrir. Je retrouve alors ici la poésie du Parc, la recherche de l'autre et de soi-même. L'avant-dernière scène allonge les hommes à terre, un narguilé entre les jambes, les femmes manipulant les tuyaux, excitant les hommes en soufflant dedans. Elles entourent parfois les bras et les cous des hommes, comme prêtes à les tuer. La femme prend alors l'ascendant. Mais ils finissent par s'en sortir, sans même débattre.

 

Enfin, lors de la dernière scène, les femmes sont placées derrière des fenêtres, les hommes les retrouvent une dernière fois avant de les laisser de nouveau, comme les abandonnant à leur destinée, enfermées derrière leurs fenêtres.

 

Finalement, et je vais peut être paraitre très macho, cette pièce ne m'a pas déplu. Mais ce n'est pas le propos qui m'a tenu à coeur (ayant vraiment l'impression d'assister à un porno soft), mais l'esthétique globale de la pièce, entre les costumes d'Alaïa et les lumières, les pauses proposées par Preljocaj créent de très jolis tableaux qui restent en tête, avec un décor simple jouant sur les lumières, qui rappellent l'Orient. Comme si Preljocaj avait fait comme Montesquieu et ses lettres persanes: utiliser l'Orient comme excuse pour illustrer l'Occident.

 

Les Nuits (blanches) de Preljocaj

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Giselle, revue par Mats Ek

5 Janvier 2014, 22:17pm

Publié par La loge d'Aymeric

27 décembre 2013
Ballet de l’Opéra de Lyon
Chorégraphie de Mats Ek

Giselle: Dorothée Delabie; Albrecht: Randy Castillo; Hilarion: Franck Laizet; Bathilde/Myrtha: Julia Carnicer

 

 

Pour une fois, je vois la relecture de l'oeuvre classique avant le classique. Si je ne connais pas la Giselle en tutu blanc de Coralli et Perrot, j'ai réalisé que Mats Ek avait réussi le coup de maître: faire de sa Giselle une oeuvre forte et indépendante de l'original.

 

Je ne risquais donc pas de faire comme pour le Sleeping Beauty de Bourne et penser à la chorégraphie classique en entendant la musique. J'ai tout juste reconnu la musique de la variation d'Albrecht, ici réutilisé pour une variation particulièrement expressive.

 

Giselle n'est plus une jeune allemande que le monde regarde avec tendresse à la veille de son mariage. C'est ici une folle que les gens craignent et ne comprennent pas. Au lever du rideau, Giselle est attachée par une corde tel un mouton. Elle veut s'échapper, vivre, sauter, sourire, découvrir le monde. Mais Hilarion l'attache et ne comprend pas pourquoi elle n'est pas comme les autres jeunes femmes.

 

Alors que les villageois dansent d'une façon très lourde et terrienne et qu'Hilarion leur sert de coryphée, notre joyeuse Giselle passe sa vie à explorer le plateau, en sautant gaiement et s'échappant des des obstacles. Jusqu'a ce qu'elle rencontre Albrecht. Telle Pocahontas devant John Smith, elle l'observe, comme une espèce qu'elle n'a jamais vue: un homme noir dans un costume blanc. Elle le touche et se frotte à lui comme un enfant.

 

C'est la découverte d'un monde à nouveau avec l'arrivée des citadins, les amis d'Albrecht, enfermés dans leurs robes et leurs smokings. Ils rappellent de loin les personnages de "Une sorte de..." de Mats Ek. Ils sont intrigués par ces villageois, par cet Hilarion moqueur et par cette folle qui pique Albrecht à Bathilde (qui n'a d'ailleurs pas non plus l'air désespérée).

 

Jusque là, la pièce reste une sympathique distraction, mais rien de poignant à proprement parler, ce qui n'est pas le cas de la suite.

 

Au lieu des sacro-saintes Willis, le deuxième acte se déroule dans un asile psychiatrique, où d'autres âmes égarées sont habillées de blanc et placées sous la protection de Myrtha. Cette une infirmière-bonne soeur nous rappelle la figure autoritaire de la madre de La Maison de Bernarda, en gardant toutefois un aspect maternel, féminin et protecteur. Ainsi lors de la dernière scène elle porte une à une ses aliénées hors de la scène, avec beaucoup de tendresse.

 

Alors qu'Hilarion revient voir sa fiancée, il danse une variation réellement touchante. Le gros bourru ne comprend toujours pas, et la voit s'échapper de nouveau. Elle a fini de jouer avec lui et veut d'autres jouets. Sa danse à elle est toujours très libre, mais l'asile l'a entravée, ou alors canalisée, elle semble plus nostalgique, plus humaine. Elle aurait enfin fini par apprendre à se modérer et à se tourner vers l'amour.

 

Arrive alors Albrecht, et c'est lui qui sortira métamorphosé de cet asile, il apprend avec Giselle à laisser ses a priori, pour se tourner vers plus de sincérité. Peu d'amour ici finalement, mais de l'attirance vers l'inconnu.

 

Il finira nu sur scène, un peu dans un esprit Mythe du Bon Sauvage sans doute trop vintage pour moi. Il sera accueilli par le bon et magnanime Hilarion qui l'habillera enfin. Une façon d´être purifié avant de revivre plus sereinement. On ne revoit plus Giselle, sorte d'ange incompris.

 

Giselle, revue par Mats Ek

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Le Capitole de Toulouse danse Noureev à Massy

17 Décembre 2013, 14:23pm

Publié par La loge d'Aymeric

Opéra de Massy

15 décembre 2013

 

 

La génération Noureev a quitté successivement la Grande Boutique une fois le glas de la retraite sonné, pour aller danser ailleurs mais surtout pour enseigner l'héritage du Tatare au monde de la danse. Ainsi de Legris à Vienne, de Vu An à Nice ou encore de Jude à Bordeaux. En 2008, Kader Belarbi quitte l'Opéra après un ultime Signes et prend en 2012 la direction du Ballet du Capitole de Toulouse. En cette année d'hommage à Noureev, il se sentait donc obligé de rendre hommage au chorégraphe et a conçu ce programme qui réunit des chorégraphies parmi le best of Noureev.

 

La conception même de ce programme ressemble beaucoup à ce que Noureev faisait lorsqu'il tournait inlassablement avec ses Noureev and friends. Un théâtre pas forcément prestigieux. (Je vous rappelle que le spectacle été ici présenté à Massy), une bonne bande son (ce qui selon lui valait mieux qu'un mauvais orchestre), peu de répétitions sur place et du talent pour interpréter ces pas de bravoure.

 

J'avais déjà vu les extraits proposés dans un des opéras parisiens et je commence à bien les connaitre. Je me cramponne à mon siège en entendant la musique de la variation de la première ombre de Bayadère, vu tellement de fois au concours l'année dernière. La descente des ombres est réduite à 18 danseuses qui remplissent bien le plateau sans pour autant paraitre trop serrées. Ces ombres tremblent un peu mais, en gardant une vue d'ensemble, c'est très correct. Les ombres se succèdent, me rappelant que j'avais déjeuné un jour avec la première Ombre (sans doute une fois que je me promenais vers l'Himalaya). Le niveau commence sérieusement à s'imposer, les trois variations sont très bonnes techniquement. J’ai trouvé Solor (Kazbek Akhmedyarov) un peu en retrait, semblant stressé et courant après la musique, permettant en contraste de la faire briller tout à fait. Nikiya (Tatyana Ten) arrive ensuite, tout à fait altière et maitresse de sa technique, restant très sérieuse et pleine de grâce.

 

En pleine saison d'orgie de Belle au bois dormant, je ne refuse pas non plus un nouveau pas de deux du mariage. Siliva Selvini et Evgueni Dokoukine forment un couple tout mignon, tout sucré, presque aussi féerique et enfantin que Casse-Noisette. Tout y est très solide, l'enthousiasme est présent, tout le monde se sourit. Un léger problème dans le début de la coda mais rien de bien grave, ils sont solidement applaudis. Ils ont compris le principe du gala, ne pas directement toucher l'émotion mais impressionner et se faire plaisir.

 

Un pas que je n'avais pas vu depuis longtemps : le pas de trois du cygne noir. Problème initial, le costume de Rothbart, à mi-chemin entre la grenouille et le Power Ranger, que l'obscurité de Bastille a l'habitude de dissimuler! En pleine lumière, il parait vraiment ridicule. Sinon je trouve le cygne noir de Julie Charlet brillant, regardant d'un air malicieux Rothbart alors qu'elle attire un Siegfried qui parait bien naïf. Sa technique est assurée, avec de beaux fouettés. Rothbart (Takafumi Watanabe) va un peu trop vite, il ne me parait pas suffisamment musical. En face, le (bienheureux) Siegfried de Shizen Kazama semble rapidement essoufflé. Dans l'ensemble, cela donne quand même un beau résultat notamment au début et à la fin, on comprend la dramaturgie rapidement.

 

Le programme se finit par un nouveau succès de Noureev, le mariage de Don Quichotte, immédiatement applaudie par le public pour les costumes et les décors. Tout y est effectivement bien joli, à l'exception néanmoins des tutus des demoiselles d'honneur, fuschias à souhait. Le corps de ballet retrouve ici un peu d'utilité avec le fandango avant de laisser de nouveau la place à Mlle Charlet (accréditée fouettés au Capitole) et M. Watanabe, tous les deux aussi beaux qu'en pleine forme, aussi explosif que le demandent ces rôles. Ses piqués à l'éventail réussissent presque à me tenir en haleine, tandis que je prends peur pour les têtes des figurants lors de son manège, vu la taille de ce Basilio, dont l'explosivité est davantage de rigueur ici que pour Rothbart.

 

Tous ces pas académiques et découpés, hérités pleinement de Petipa, ont été éclairés par un pas de deux rempli d'émotion, sans doute le seul du programme, bien loin du classicisme. Ce fut la scène du balcon de Roméo et Juliette, avec un couple très crédible. Maria Gutierrez est une Juliette dans la fleur de l'âge, Davit Galstyan est un Roméo jeune adulte rempli d’excitation. Ils réussissent un pas superbe, se trainant sur la scène de Massy avec une grande expressivité et de la passion réel.

 

Le Capitole de Toulouse danse Noureev à Massy

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Alonzo King: Constellation

16 Décembre 2013, 11:16am

Publié par La loge d'Aymeric

Théâtre de Chaillot

14 décembre 2013

Alonzo King LINES Ballet

Décor: Jom Campbell; mezzo-soprano: Maya Laahyani: piano: Hadley McCarrol.

 

 

Constellation, sans doute le meilleur moyen de ne pas appeler cela un gala, ou une réunion de solos, pas de deux et ensembles qui n'ont rien à voir entre eux. Une constellation, c'est une réunion d’étoiles mais vue de loin, on n'est pas suffisamment illuminé par une de ces étoiles, on touche un peu à tout.

 

Le manque de cohésion est d'abord effrayant dans la musique, j'entends des thèmes de Glück, du Roi Lion, du Seigneur des Anneaux, de Strauss et de Willems. Un joli melting pot, aussi mélangé que les types de danseurs et de danses. En plus de la musique sur bande enregistrée, un piano sert de temps en temps pour accompagner la une mezzo, correcte mais sans rien d'exceptionnel, qui est malheureusement sonorisée et on l'entend presque respirer avec ce micro qui grésille. Je ne reconnais presque rien de ce qui est nommé dans le programme: Vivaldi, Händel, Strauss. La musique forme un paysage plus qu'un accompagnement, la danse ne la suit pas toujours, mais ce n'est pas gênant.

 

La danse elle oscille entre du Balanchine, du Forsythe, quelque peu actualisés par des tonalités de modern jazz ou d'air chorégraphique d'Alvin Ailey (compagnie dont Alonzo King est issue). J'ai été bien content de voir ce type de danse dont nous allons peu voir d'exemples cette saison: de la danse pour de la danse, géométrique, précise et musicale. À l'inverse des pièces des autres américains cités précédemment, Alonzo King ne trace pas de fils entre ces différentes séquences. Je prends quelques instants à dépasser ce problème pour réaliser que ca n'empêche en rien de passer un bon moment.

 

Les séquences s'enchainent donc, toutes sont intéressantes, sauf peut être celle qui ouvre la seconde partie avec ses balles de lumière qu'on voit agiter par les danseurs dans une semi pénombre, c'est un peu kitsch et trop accessoirisé pour que cela soit intéressant. La pièce date de 2012, mais semble parfois déjà vieillie avec cette scénographie en boules de lumière qui rappellent les balles rebondissantes lumineuses de ceux qui ont grandi dans les années 90. Même problème pour les costumes, parfois un peut trop argenté.

 

Dans mes coups de cœur, je cite notamment deux pas de deux, celui qui clôt la première partie (et me fait enfin réfléchir sur pourquoi j'étais là) et le dernier de la seconde partie. Pas d'émotion, mais de la technique et de la sensualité, des jambes forsythiennes qui s'allongent et s'étirent en tournant. Un autre moment rassemble tous les danseurs sur scène sur une musique typée afro-américaine, chacun danse dans son coin, pour un résultat de mouvements incessants qui fourmillent.

 

Je tiens à noter que la compagnie est très belle, cosmopolite et hétérogène, reliée par une grande technique. Ils dansent naturellement sur scène, semblent habiter par cette chorégraphie, se perdent puis se retrouvent, s'attrapent et se détachent. De belles lignes se dessinent sur le plateau de Chaillot. Contrairement aux danseurs hommes texans du Houston Ballet, ils sont ici suffisamment musclés pour danser, mais pas trop pour perdre en légèreté, comme lors de ces duos où deux danseurs rappellent les cygnes de Matthew Bourne. Les hommes sont bondissants, plein d'énergie, là où les femmes oscillent entre la douceur et l'explosivité quand elles se forment en groupe.

 

J'étais donc content de voir de beaux gestes réalisés par de beaux danseurs (certes ca parait un peu simpliste), dans ce type de danse que j'aime tant. Je ne vois néanmoins pas un chef d'œuvre et ai donc un peu de mal à comprendre l'ovation que le public réserve aux artistes à la fin du spectacle. Ai-je manqué quelque chose? Une cohésion ou un fil conducteur?

 

Alonzo King: Constellation

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Milonga, Cherkaoui

29 Novembre 2013, 17:05pm

Publié par La loge d'Aymeric

Grande Halle de la Villette
27 novembre 2013

 

 

Décidement, j'ai du mal avec Cherkaoui! Son Boléro, que j'avais pu entre apercevoir lors de la soirée mixte du printemps dernier m'avait laissé de marbre alors que je repensais trop à Béjart. Je suis finalement sur que maintenant j'apprécierais la conception. Je suis en revanche assez certain de ne pas avoir cet avis sur ce Milonga. Au bout d'une demi-heure j'ai commencé à regarder ma montre.

 

Ce n'était toutefois pas comme pour le spectacle de la Trisha Brown Dance Company à la Ville où je me suis assoupi (et que j'ai préféré ne pas chroniquer), je regarde quand même le spectacle mais je ne suis pas séduit. Si la danse classique, moderne ou contemporaine me plait, c'est par l'effet esthétique qu'elle peut fournir ou son message et son intention, trois facteurs qui peuvent évoluer au cours de la pièce. Avec une danse de salon comme le tango, je n'ai pas vraiment d'évolution, à aucun niveau.

 

Le petit rat me souffle que si elle ne trouve pas cela jolie, elle aimerait pouvoir danser comme eux. Mais donc cela implique t-il forcément d'être habillé de cette façon? Les chemises noires déboutonnées jusqu'au nombril, ou alors les bretelles avec plumes, très peu pour moi. Quant aux femmes avec leurs robes à paillettes ou à strass, ca ressemble à des costumes de cabaret, mais sans l'aspect show du cabaret. Je trouve que ca ressemble aux photos des émissions de danse, comme Danse avec les Stars.

 

La danse en elle-même n'évolue pas et je ne réussis pas à sentir toute la sensualité qui se dégage entre les danseurs à travers ce regard ou ces mouvements du corps. Je l'avais bien plus ressenti chez Gades par exemple. Il n'y avait pas toutes ces fioritures de décors, costumes et installations techniques qui viennent plus noyer le propos que l'éclairer. Cherkaoui semble plus ici metteur en scène que chorégraphe réellement.

 

Dans ces installations, nous avons donc un danseur devant un écran où s'affichent des photos d'Argentine. Il réalise tous les gestes typiquement utilisés sur un ipad pour agrandir les photos, les décaler ou les repositionner. Puis nous avons une danseuse effrénée qui court sur place devant une vidéo qui nous fait visiter dans ce qui doit être Buenos Aires. J'ai un peu de mal. Ou encore cet écran de fond où sont projetés cinq ou six fois les figures des danseurs sur scène, avec un léger temps de retard.

 

Si cela s'était inscrit dans un tout, un ensemble qui m'aurait paru logique et évolutif, j'aurais pu l'apprécier. Là néanmoins je ne vois pas grand chose et tente d'apprécier indépendamment chaque scène. Certaines scènes font effectivement effet Danse avec les stars, on veut en foutre plein dans la vue du spectateur. Sauf que pour un balletomane aguerri le challenge est un peu trop haut. Si l'émotion ou l'impression de beau ne vient pas, c'est loupé.

 

Je retiens notamment un couple qui m'a bien plu par la simplicité de son propos, le rapport homme femme. Ils semblaient tour à tour s'aimer puis se détester, se trainant à la suite de l'autre puis se repoussant. Un pas de trois hommes donne également par la suite une belle force à l'ambiance, car il reste également dans la sobriété.

 

C'est finalement le début qui m'a le plus plu, avec son effet de masse dansante. Les couples se font et se défont dans un marasme incompréhensible, les corps se touchent, les regards ne suivent pas toujours les corps en mouvement. Puis quand la masse se dissipe, on retourne à l'individuel et au couple et ça devient terriblement lassant.

 

La musique, pour finir, reste toujours un bon moyen de repli en cas de lassitude.

 

Milonga, Cherkaoui

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