La Loge d'Aymeric

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Nederlands Dans Theater à Chaillot

22 Juin 2014, 13:56pm

Publié par Aymeric

Je connais peu de chorégraphes aussi hypnotisant que Kylian. Son sens de l'esthétique, de la musique et du mouvement en font une figure incontournable de la scène moderne.

Le programme que le NDT 1 présente à Chaillot commence par la dernière pièce que le chorégraphe tchèque a créée avant de quitter la direction du ballet, Mémoires d'Oubliettes. J'y retrouve surtout cette opposition ombre/lumière, entre les terreurs des donjons enfouis, les phobies et, quelque part dans les mouvements, une envie de s'échapper, de se libérer.

Kylian se révèle maitre du mouvement, capable de soutenir l'instant, entre ces duos expressifs, ses solos angoissants, et cette femme qui devient folle sous son averse de canettes. Au début, de l’ennui, puis une certaine oppression de ces personnages enfermés dans le Tartare, qui perdent peu à peu le désir de se libérer ou d’exister.

Les trois pièces présentées tournent autour de l'idée de l'évasion d'un enfermement réel ou imagé, sans pour autant tomber dans le cliché de l’oppression sociale.

La troisième pièce, Shoot the Moon, est celle qui laisse le spectateur le moins perplexe en proposant d’emblée des repaires fixes. Plus littérale, elle n'en est pas moins prenante. Sol León et Paul Lightfoot, le couple à la tête de la compagnie, ont peut-être opté pour la facilite en choisissant la musique de Glass (le deuxième mouvement du Tirol Concerto pour piano et orchestre) mais celle-ci est diablement efficace. Deux femmes, trois hommes, dans une ambiance à la Katia Kabanova: tout le monde a peur de tromper l'autre, tout le monde s'ennuie dans la routine des appartements.

Les danseurs y sont beaux, expressifs, humains et touchants. Le programme distribuée indique que les néerlandais sont un peu blasés de la compagnie, mais ici à Chaillot ils détonnent et créent l'effervescence dans ce morceau qui n'est pas sans rappeler Ek, une légère dose de désespoir en plus. Le plus impressionnant est sans doute Jorge Nozal dans son solo de désespoir entre ses deux murs, qui a failli me faire pleurer avec une idée très Jeune Homme et la mort.

Entre les deux, Cristal Pite nous livre Solo Echo, une pièce que je verrais bien comme un Dances at a Gathering, sous la neige et le froid (le spectacle de la veille m’était resté en tête). La partie de campagne en est gâchée, mais on tente quand même de s'amuser. Beaucoup de nostalgie, de corps qui s'étirent et de couples qui se tirent (facile). Une musique de Brahms rappelle le contexte nordique, et cette neige qui tombe dans le fond donne des airs de forêt de Casse-Noisette, sans la magie et avec mélancolie. 

Rien de tout à fait marquant dans cette pièce, mais de nouveau une grande sensibilité et technique de la part de ces superbes danseurs, indéniablement cadrés par des maîtres de ballet et chorégraphes dynamiques et ingénieux.

Nederlands Dans Theater à Chaillot

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Défilé, Robbins, Ratmansky

21 Juin 2014, 23:07pm

Publié par Aymeric

Avant même les deux œuvres du programme, le public était réuni à Garnier pour le mythique défilé du Ballet de l’Opéra de Paris. D’autant plus mythique que c’était le dernier de Nicolas Le Riche en tant que danseur étoile. La plus jeune élève de Nanterre s’avance, entrainant avec elles ses camarades. Les danseuses du corps de ballet suivent, encadrant les premières danseuses et les étoiles en ordre inverse de nomination. Deux belles ovations pour ouvrir et fermer les étoiles femmes : Amandine Albisson et Aurélie Dupont. Si l’absence de Myriam Ould Braham se fait sentir, tout comme celles des jeunes ‘retraitées’ Letestu et Ciaravola, c’est avec plaisir que je retrouve Dorothée Gilbert sur scène.

Les hommes ensuite, avec un cri de joie personnel pour Mathieu Ganio, une ovation remarquée pour le trio Alu-Bézard-Raveau, et enfin pour Le Riche qui arrive en courant au devant de son public. Dès le rideau tombé, j’entends qu’il reçoit une ovation particulière de l’ensemble de la troupe et de l’École.

Après ce moment de frisson sous la musique de Berlioz, avec un public certes un peu froid, passons maintenant aux deux œuvres présentées. Pour être tout à fait honnête, je ne m’attendais pas à grand-chose. Si Dances at a gathering est un pur produit Robbins, il m’avait paru bien long lors de la dernière reprise. Quant à Psyché, il ne m’avait absolument pas convaincu du talent de Ratmansky, enlaidi par ses costumes et ses décors.

Finalement, les images de Dances me sont restées en tête depuis trois ans et les musiques de Chopin m’entrainaient directement vers ces souvenirs de variations. Et cette fois-ci, le temps ne m’a pas du tout semblé long. En suivant de près chaque mouvement, j’ai trouvé que chacun réussissait à transmettre une histoire.

Mathieu Ganio s’est de nouveau affirmé en danseur marron, il mène l’ensemble de la troupe et commence à s'afficher comme leader. Toujours autant d’expression, de belles lignes et d’amusement. L’autre figure de soliste est Aurélie Dupont. De Rose, elle passe maintenant à Vert, rôle marqué par les élégantes Grinsztajn et Letestu. Pas tout à fait son type de rôle, mais à une année du départ, elle essaie de nouvelles choses, plutôt entrainantes. Et si sa gestuelle n’est pas aussi altier, elle transmet une sorte de légèreté doublée d’autorité qui n’est pas désagréable.

Les trios féminins, constitués successivement de Pagliero (rose), Albisson (mauve), Giezendanner (bleu) et Daniel (jaune), sont charmants et malicieux. Mon coup de coeur va vers les deux premières, particulièrement piquantes avec Mathieu Ganio et Karl Paquette. Une impression d'innocene doublée d'une volonté espiègle avant de sombrer dans une forme de mélancolie. Daniel apporte la dose de légéreté nécessaire à l'ensemble.

Les hommes, Hoffalt (vert), Paquette (violet), Duquenne (bleu) et Thibault (rouge brique), continuent dans cet esprit là. Les images restent en tête : la ronde de Paquette et Ganio, le partenariat efficace d’Albisson et Hoffalt, l'espièglerie de l'ensemble. Thibault joue au solitaire, une sorte de contrepoids à Dupont.

Derrière la succession de morceaux de Chopin et d’épisodes dansés, une histoire commence à prendre forme grâce aux petites gestuelles de chacun. Cette histoire reste peut-être différentes pour tous, mais il me semble que la troupe a compris comment danser le mieux possible cette œuvre : y donner corps avec une dose de bonne humeur, d’énergie et, avant tout, de nostalgie. 

Après cette surprise en est venue une deuxième avec Psyché. J’ai enfin réussi à y voir une jolie chorégraphie. Il y a encore beaucoup de choses à enlever ou alléger cependant : les costumes des Zéphyrs, des femmes-fleurs, les décors grossiers et surtout ce final qui ruine tous les efforts avec les confettis, les cœurs et Psyché enceinte. Outre ceci, l’histoire se suit facilement, aidée en partie par le chœur et la musique. L’ensemble n’est d’ailleurs pas sans rappeler Daphnis et Chloé.

Laetitia Pujol est une Psyché fragile, intriguée et passionnée. Cette danseuse me plait décidément, après un Fall River de haut niveau. Du haut de ma loge, elle me parait aussi jeune que son Eros. Son expressivité donne enfin quelques reliefs à un personnage aisément fade. Ses pointes et arabesques combinées aux belles lignes de Marc Moreau nous font voir deux jolis pas de deux.

Moreau réussit brillamment sa prise de rôle, attentionné à travers toute l’œuvre, peut-être un peu stressé. Endosser un rôle de soliste lors d’une première, ce n’est pas évident pour un Sujet. De son entrée à la découverte de son cœur qui bat, il réussit à être tout à fait expressif. Une jeunesse d’Eros, une fougue qui se découvre avec l’amour, une appréhension quand Psyché disparait, une première opposition à sa mère : Moreau nous fait croire à ce mythe d’un enfant qui devient adulte.

Le reste des danseurs semble avoir compris ce qu’on attendait d’eux, c'est-à-dire peu de réflexions et beaucoup de démonstration. Ainsi Renavand s’en sort très bien en Vénus, majestueuse et hautaine ; les membres du corps font un très bon travail dans les ensembles, comme dans la scène d’ouverture.

Donc finalement, pourquoi pas y retourner, comme le 7 juillet, avec Diana Vishneva et Evan McKie ?

Défilé, Robbins, Ratmansky

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Béjart Ballet Lausanne à Versailles

18 Juin 2014, 14:04pm

Publié par La loge d'Aymeric

Bejart aimait voir les choses en grand. Vivant il réussissait à remplir le palais des sports; mort, sa compagnie célèbre ses 25 ans dans un Palais des Congrès plein à craquer. Nouvelle réussite cette saison, avec un programme fort et pertinent devant l'Orangerie du Château de Versailles.

Programme dans l'ensemble pertinent et logique, si ce n'était pour cette Dame aux Camélias qui tombe comme un cheveu sur la soupe entre les trois autres œuvres. Première fois que je vois une pièce de Béjart qui ne soit pas dans le très spectaculaire, mais l'endroit n'est pas adapté à cette pièce plutôt intimiste. Elisabet Ros y est certes tres belle comme souvent, mais la chorégraphie est un peu plate. Après les différentes Dames de Neumeier en début d'année à Garnier, j'ai eu du mal à m’intéresser à cet étrange morceau sur Chopin et Francesco Cilea qui manque diablement de lyrisme.

La soirée s'ouvrait sous un vent fort, dans le thème de la première pièce: 7 danses grecques. C'est une parfaite introduction à l'écriture Béjart-ienne. Sur une musique folklorique grecque, les danseurs se succèdent, formant les positions géométriques chères au chorégraphe: des ronds centrés sur un danseur, des carrés. Quelques pas folkloriques, des pointes mais pas trop, des jetés, beaucoup de spectaculaire avec notamment Oscar Chacon qui mène la troupe dans ses danses bacchanales. Chaque danse succède à l’autre avec une thématique et une structure différentes qui rendent l’ensemble intrigant et stimulant.

De Bakhti III, le balletomane averti connait la variation de Vishna pour l'avoir vu une bonne quinzaine de fois en concours de promotion, mais, comme Arepo, peu ont réellement vu l’œuvre en entier. La pièce est une sorte de Mystère hindou: une déesse, son dieu et des divinités mineures ou adorateurs qui dansent un épisode. Marsha Rodriguez y est élégante en pointes, entourée par un corps d'hommes puissants. Une pièce plutôt courte mais entrainante et éclectique.

La soirée finit avec the piece: le Boléro, qui trouve ici un emplacement de choix, après la place du Trocadéro dans le film de Lelouch. Elisabet Ros devait assumer une des dates, mais c'est finalement Julien Favreau qui danse les deux représentations. Il y est tellement captivant que je l'ai fixé pendant les 20 mn de la pièce, sans jamais pouvoir m’en détacher. J'adore la musicalité de cette pièce, avec ce pied qui bat le rythme en permanence, avec les quelques écarts que le danseur s'octroie sur le rythme continu de Ravel. Lorsque je l'avais vu avec Ros, elle exerçait une forte attraction sexuelle sur les hommes autour d'elle, une liane, un piège pour les attirer à elle. Ici, c'est un peu l'opposé, Favreau pousse les quarante danseurs sexuellement vers l’extérieur. Pas de sensualité, mais de la violence, avec une légère touche d’appréhension dans le regard.

La lumière s'allume au bout de quelques minutes, avec des lampes partout dans le jardin de l'Orangerie, on se croit en plein jour alors que la tension continue de monter pour s'abattre dans un dernier mouvement apocalyptique.

Le Béjart Ballet est une des seules compagnies à s'en sortir très bien malgré la disparition de la figure titulaire. Alors que la Forsythe Company et le Wuppertal de Pina Bausch semblent en péril, le sourire de Favreau, l'énergie des danseurs et la joie de Gil Roman aux saluts sont un gage d'avenir pour les chorégraphies de Maurice Béjart.

Béjart Ballet Lausanne à Versailles

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Balanchine/Millepied, 2ème tour

25 Mai 2014, 09:46am

Publié par Aymeric

Deuxième service de ce programme, pas le plus brillant mais de jolies choses à retenir.

Si le Balanchine de la première m'avait enchanté, je n'ai pas retrouvé de piquant et d'énergie dans cette distribution. Sorte d'allégorie de la hiérarchie du Ballet (corps de ballet, demi-solistes et solistes), je me perdais un peu à repérer les différents grades. J'aime toujours autant la chorégraphie, d'un académisme certes rigide, mais qui se laisse apprécier joliment.

Le mouvement rubis semblait peiner à ouvrir la pièce, malgré le sourire de Nolwenn Daniel et la bonne volonté d'Hoffalt. Les demi-solistes s'en sont plutôt mieux sortis, notamment le couple Hecquet/Lorieux. Le couple bleu, sauveur des séries de ballets à Bastille, nous offre un joli mouvement très Mort du Cygne plutôt fin, mais Pagliero ne réussit pas à nous hypnotiser autant que Gillot, malgré une technique toujours très propre dans la petite batterie. Paquette semble osciller entre absence scénique et retour inopiné. Dans le dernier mouvement, Thibault m'a semblé moins fatigué qu'à la première, et son arrivée avec Colasante montre un joli lien entre les générations, au milieu de demi-solistes en forme.

Le mouvement émeraude est sans doute le plus réussi et le plus équilibré. Il semblerait qu'on ait dit à Alice Renavand que danser du Balanchine, c'était danser à l'américaine, et donc sourire Colgate obligatoire. Elle est la seule à m'offrir un peu de cet entrain si nécessaire au chorégraphe. Bézard semble ravi d'être là mais est un peu en peine. Il danse seul une diagonale qui ne prend pas, trop en décalage sur la musique. Sinon le partenariat s'avère efficace et jeune dans l'ensemble. Les demi-solistes sont toniques, avec une jolie distribution: Bittencourt/Bourdon, Westermann/Révillion.

Lorsque tous se retrouvent sur scène, je ressens un instant le piquant initial, puis non, il manquait ce jour là un élan général. Au moins, la musique ne m'est pas sorti de la tête.

Après la distrib quatre étoiles + Alu de la première, une distribution plus jeune ici. Marc Moreau , que j'avais vu répéter avec Millepied, a donc finalement eu droit à une date, mais sans Léonore Baulac. Finalement Albisson m'a semblé avoir un petit aspect Dupont, autant dans sa technique que dans son expression. Le couple est jeune et plus réaliste dans le genre pastoral avec une jolie tendresse juvénilee. Un certain moelleux dans ses bras à elle, une assurance naïve chez lui et surtout, comme pour tous, une grande joie d'être sur scène.

J'ai beaucoup aimé le pas de Léonore Baulac et Allister Madin, entre diabolisme et lyrisme. Je n'avais pas vu Madin depuis longtemps et suis content de le retrouver bien en forme et violent. Quant à elle, on croirait une sirène de l'Odyssée, jolie, innocente, mais finalement bien perverse (comme dans Camélias d'ailleurs).

Révillion a la malchance de mal finir son manège alors qu'il a réalisé une très bonne variation, bien différente d'Alu, moins de spectacle, plus terrienne et plus mature. Le public reste très réceptif.

Dans les deux spectacles, le corps de ballet s'est investi à fond. S'il sert un peu de potiche (mais nécessaire) dans Balanchine, son investissement est plus remarquable chez Millepied. J'ai retrouvé beaucoup de têtes de la première, ils semblaient bien impliqués et dédiés, notamment pour les filles dans ce joli passage où Daphnis gît à terre.

La partition de Ravel nécessite une deuxième écoute pour être pleinement appréciée, pari réussi, surtout une fois que j'ai fait abstraction des ornements de Buren. Jordan dirige l'ensemble orchestre-danseurs-choeur avec une main de maitre.

Balanchine/Millepied, 2ème tour

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Balanchine/Millepied

10 Mai 2014, 13:50pm

Publié par Aymeric

Première de rêve pour ce programme américanisé, avec huit étoiles présentes sur scène et plusieurs anciens et nouveaux talents que le public de Bastille a découverts, émerveillé. Une soirée waouh-c'est-trop-bien.

Les deux ballets vivent en symbiose, le premier nous donne la pêche et l'énergie nécessaire pour apprécier le deuxième. Les apprentissages de Balanchine se retrouvent, modernisés chez Millepied. Les influences extérieures se sentent, quelque soit le côté de l'Atlantique.

Le palais de Cristal est la seule chorégraphie que Balanchine a créée l'Opéra. Il l'a ensuite reprise (et simplifiée comme nous l'apprennent les Balletonautes) sous le nom de la partition de Ravel, Symphony in C, pour le New York City Ballet (qui le dansait d'ailleurs en même temps au Lincoln Center). La musique est électrique, rythmée puis plus délicate sans perdre de sa force. Les nouveaux costumes de Lacroix brillent sans doute moins que la Source mais rendent hommage à la tradition. Seul petit hic, les solistes et le corps du ballet du premier mouvement, les couleurs jurent un peu.

Quatre mouvements dont trois allegro, quatre couleurs, quatre styles. N'ayant jamais vu Joyaux en live, je ne permettrais pas de dangereux parallèle mais j'ai quand meme bien senti  la même alternance de styles de danse, tantôt plus russe (comme cette entrée Lac des Cygnes au deuxième mouvement), tantôt plus raffiné français ou plus américain.

De retour sur scène, Mathieu Ganio met déjà la barre très haute avec Amandine Albisson qui remplaçait Laetitia Pujol. Le rythme effréné du premier mouvement ne laisse pas de place à l'erreur. J'ai trouvé les demi solistes un peu en retrait, mais l'ensemble campait une superbe entrée en matière. Deux danseurs nobles aux lignes fines et élégantes.

S'ensuit un autre retour, celui de Gillot, qui se retrouve bien occupée avec son Orphée à Garnier. C'était la première fois que je la voyais sur pointe et il faut avouer qu'il y a quelque chose de particulier et de magnifique dans sa façon de danser du néo. Le partenariat avec Paquette, s'il n'est pas brillant, offre un joli rendu avec une certaine finesse.

Retour à l'allegro avec le vert de Pagliero et Thibault, qui remplaçait Mathias Heymann malheureusement retiré des distributions. Si j'étais bien content de le revoir, Thibault semblait un peu fatigué dans l'ensemble (un remplacement au pied levé peut-être?) alors que Pagliero nous a fait partager de jolis moments de technique assurée comme elle sait si bien le faire. C'est le mouvement pour lequel j'ai le plus profité des demi solistes, le quatuor Westermann-Bourdon-Révillion-Bittencourt étant très en forme.

Enfin le quatrième mouvement rassemble tout le monde sous le lead de Raveau et Nolwenn Daniel, mignons mais un peu dragée dans leur costumes roses. Raveau est vraiment un des meilleurs danseurs de sa génération et il continue à m'époustoufler, même à coté de ses ainés.

Après l'entracte, la nouvelle création de Benjamin Millepied, une sorte de première rencontre entre le futur directeur et la troupe. On sentait une certaine excitation générale depuis le début des répétitions et la première a été accueillie par des ovations. Millepied nous avait parlé de son ballet lors d'une rencontre publique et je voyais donc la réunion de ses travaux avec ceux de Buren et Jordan. Je passe outre l'histoire un peu incompréhensible des amours du berger et de la nymphe.

La musique nécessite à mon avis une première écoute avant de la découvrir en même temps que le ballet. Elle est onirique et céleste, à mille lieux du divertissement féérique, une musique réellement sérieuse pour de la danse. Quant à Buren, l'idée n'était pas mauvaise, faisant s'alterner en l'air les formes géométriques et colorées qui doivent venir des restes de Monumenta et s'alternent avec les éternelles bandes noirs et blanches. Mais il y a presque trop de mouvements et j'ai été un peu trop dérangé par ces va et vient pas toujours justifiés. Les danseurs reprendront dans le dernier mouvement les différentes couleurs de Buren pour un résultat chamarré plutôt réussi.

Pour arriver à la chorégraphie, je sens que Millepied a créé selon le danseur. Ainsi le moment le plus fort de ce ballet est la variation d'Alu, indéniablement brillante. Je ne pense pas avoir déjà vu une telle danse à l'Opéra. Virtuose, enflammée, tenant sur la longueur sans jamais fatiguer. Jamais vu une telle ovation à la suite d'une variation.

Léonore Baulac a également eu droit à quelque instants privilégiés, dont un instant seule sur scène avant d'entrainer ses compagnons. Je regrette que le couple de seconds rôles n'ait pas une chorégraphie plus importante. Abbagnato et Carbone étaient à leur habitude très bons, surtout dans des rôles de séducteurs experimentés, mais j'aurais bien aimé les voir un peu plus sur scène.

Quant aux rôles principaux, le couple Moreau-Dupont a été élégant et passionné comme à son habitude. Ils ont su s'approprier la chorégraphie plutôt technique et pas toujours très facile. Les bras se croisent et se décroisent en tournant, les corps volent et les jambes s'entrelacent.

Balanchine/Millepied

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TranscenDanse: présentation

5 Mai 2014, 10:15am

Publié par Aymeric

Je me suis rendu à la présentation de la nouvelle saison danse du Théâtre des Champs. Ces cinq spectacles sont regroupés dans le festival Transcendanse, une production Sarfati. Les différents acteurs de ce nouveau festival étaient présents pour nous en parler.

Michel Franck, le directeur du théâtre, commence par nous parler du centenaire célébré la saison dernière et de la volonté de son fondateur, Gabriel Astruc, de faire du TCE un théâtre multimodale. La danse y a eu dès 1913 une place importante avec le scandale du Sacre.

 

Le Ballet national de Norvège (22-23-24 septembre)

Ingrid Lorentzen, entousiaste, prend la suite pour nous parler de la compagnie qu’elle dirige. Cette jeune compagnie réside à l’Oslo Opera House, une superbe salle toute récente qui leur permet d’écrire leur histoire. La compagnie, plutôt cosmopolite, est constituée de 59 danseurs, de 20 nationalités différentes. Sa directrice prend comme un honneur et un privilège d’être invitée dans ce prestigieux théâtre plein d’histoire.

Concernant Kylian, la compagnie possède 17 ballets du chorégraphe à son répertoire. Lorentzen nous parle de lui comme « un des poètes de la danse de notre époque. » Leur partenariat avait commencé dans les années 70 et c’est en 1999 que la compagnie présentait une soirée entière de ses chorégraphies. La directrice prend donc cette opportunité pour renouveler le lien qui existe avec eux. Les pièces présentées seront le mythique Bella Figura, Symphonie de Psaumes et (pour la première fois en France) Gods and Dogs.

 

Carte blance à Nicolas Le Riche (4-5 novembre)

Nicolas Le Riche, plus solennel, nous parle de sa soirée et de son plaisir de revenir sur cette scène où il a visiblement fait ses premiers pas quand il était à l’École de danse. C’est également pour lui un lien avec Roland Petit et de l’histoire de la danse en général. Il exprime son désir de partager une danse sincère, authentique et variée. Le programme est en écho à la tournée actuelle (que j’ai pu voir ici à Amiens). « Ce n’est pas le même programme, voire pas du tout même. Oui ce n’est pas le même. » En plus d’Annonciation, de Critical Mass et d’Odyssée, Nicolas Le Riche dansera Suite of Dances de Robbins et la compagnie de Hervé Diasnas présentera Aires Migratoires. Il sera de nouveau accompagné de Clairemarie Osta, Eleonora Abbagnato et Russell Maliphant

 

Compagnie nationale de danse d'Espagne (27-28-29 janvier)

Ensuite, José Martinez, directeur depuis deux ans de la Compagnie nationale de Danse d’Espagne, vient présenter trois pièces (Sub de Itzik Galili, Extremely Close de Alejandro Cerrudo et Casi Casa de Mats Ek). Sur la vidéo de présentation, les extraits de Casi Casa sont ceux d’Appartement : la cuisine, la télévision. Apparemment Ek aurait mélangé plusieurs inspirations. A découvrir donc, déjà pour la musique de Fleshquartet. Quand Ek et Laguna sont venus à Madrid, il y a apparemment eu deux jours de fête ensuite.

Martinez nous parle d’un plaisir d’être de retour à Paris, c’est un nouveau défi pour la compagnie après 35 ans d’existence. Après son arrivée, la moitié des 45 danseurs est restée, il a donc fallu trouver une nouvelle homogénéité. En Espagne, seule la CND est apte à accueillir des chorégraphes en résidence, c’est donc pour son directeur un moyen de soutenir la danse espagnole.

 

Eifman Ballet Théâtre (9-10-11 février)

Boris Eifman étant retenu à Moscou, c’est Lily Sarfati, une productrice qui travaille avec lui depuis 25 ans, qui nous glisse quelques mots sur la future création, Up and Down. Finalement elle n’en sait malheureusement pas grand-chose, elle allait voir les répétitions la semaine suivante. La chorégraphie sera inspirée du roman de Fitzgerald Tender is the Night, avec une ambiance des années 30, Schubert, Gershwin, Berg pour la musique.

 

Russel Maliphant Company (19-20 mai)

La rencontre finit avec Russel Maliphant, so british. Si Still Current est le dernier duo du spectacle, c’est aussi le nom de cette soirée de cinq œuvres. Il travaillera de nouveau avec Michael Hulls pour les lumières et le design. Il souhaite chorégraphier l’espace pour que la lumière puisse s’installer. Il recherche une animation de la lumière, des changements de source : la lumière doit être programmée comme un DVD. Les influences viendront de la street dance, du popping.

TranscenDanse: présentation

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Répétition de Daphnis et Chloé (Millepied, Baulac, Moreau)

26 Avril 2014, 19:26pm

Publié par Aymeric

Millepied entre sur la scène de l'amphithéâtre, jean, t shirt, baskets, sourire aux lèvres, pour nous présenter son travail sur sa nouvelle création, à voir dès le 10 mai à Bastille: Daphnis et Chloé. Il commence par quelques mots sur la partition, qui "semble écrite pour un ailleurs" et se félicite du travail de Daniel Buren et de la direction de Philippe Jordan. Décor et musique pourrait déjà suffire pour le spectacle.

Il est accompagné de Léonore Baulac et Marc Moreau, qu'il va faire travailler sur le pas de deux "Le Lever du Jour." Le jeu de la répétition n'est pas faussé, on voit bien que le couple n'a pas encore travaillé avec le chorégraphe.

Le sujet et la coryphée semblent intimidés par l'exercice. Sans doute la première fois qu'ils répètent en public, de surcroît pour ce pas qu'ils ne maitrisent pas encore. Moreau n'hésite pas à faire comprendre qu'il ne se souvient pas encore des pas et que ce n’est pas si facile que Millepied le présume avec humour. Baulac se laisse faire même quand son futur directeur la trimballe un peu sur pointes. Il avoue qu’elle est très légère et très coordonnée. Dans l’ensemble il semble très satisfait des danseurs.

Millepied ne se pose pas de barrière, il se tourne beaucoup vers Lionel Delanoë (maitre de ballet, assis dans les gradins) pour vérifier les pas et l'ordre dans lequel il s'enchaine. La chorégraphie n'est pas encore finie d'ailleurs, il reste les deux dernières minutes à préparer. Les danseurs se relâchent au fur et à mesure de la répétition, on les voit se tromper, en rire, reprendre, s'amuser.

Beaucoup de naturel et de retour vers les habitudes américaines de Millepied. Ses interventions sont ponctuées de "and", "let's go", "lift" "that's it", ses pas font référence à son travail new yorkais. Il nous dit ainsi qu'un des moments où le danseur accompagne sa partenaire sur sa jambe en pointe provient directement du pas de deux du Casse Noisette de Balanchine.

Comme chez le maitre d'ailleurs, il insiste sur la propreté des jambes et la mise en valeur de la ballerine. Il faut donc que Marc Moreau ajuste discrètement ses pieds et place correctement ses mains pour que le spectateur ne le regarde pas tant lui qu'elle.

Sans musique d'abord, il porte une grande attention aux soucis techniques: "fais la monter plus haut", "accompagne la pour l'aider", "fais la glisser sur toi", "le coude au dessus pour tourner plus facilement." Il n'hésite pas à se soustraire à l'une ou l'autre pour voir quel effet cela fait. Pauvre Moreau donc, qui se retrouve à porter un instant Benjamin plutôt que la légère Léonore. Différentes carrures chez les deux hommes pour deux styles bien différents.

En tant que chorégraphe, Millepied nous dit que les pas ne sont pas tout à fait les mêmes pour chaque distribution. Ainsi, il peut très bien avoir écrit un moment avec deux tours, comme avec un seul. À voir ensuite ce qui convient mieux à chaque couple de danseurs. Et éventuellement changer si quelque chose convient mieux.

Millepied parle beaucoup d'espace, de s'élancer. La chorégraphie laisse apercevoir de nombreux portés, des pas de deux sur pointes. Apercu fort intéressant de cette chorégraphie, dont nous voyons des images dans ce reportage de Canal + avant la première dans deux semaines.

Répétition de Daphnis et Chloé (Millepied, Baulac, Moreau)

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Jeunes Danseurs

18 Avril 2014, 10:17am

Publié par La loge d'Aymeric

Après les très très jeunes danseurs de l'école de Danse il y a deux semaines, me voilà donc devant les jeunes danseurs de l'Opéra, qui dansaient des pièces montées par leurs ainés ou camarades (Belarbi, Martinez, Bart, Le Riche, Bertaud, Paul) ou pour eux (Millepied, McGregor, Preljocaj, Kelemenis). Peu de classiques, ce qui permet d'éviter en partie l'effet ennui-désorienté du gala. J'ai été épaté par le niveau global, tous ces beaux danseurs sont bouillants et donnent l'envie de les voir davantage.

 

Surtout qu'il est parfois difficile de s'insérer dans des rôles si fortement attachés à certaines personnalités.

 

Ainsi l'épisode de La Source, pour lequel l'on s'attend à voir Ould Braham et Heymann débarquer. Mais finalement Alice Catonnet se révèle une moelleuse et mélancolique Naïla qui m'a finalement même plutôt rappelé Pagliero. Quant au Zaël-Puck d'Antoine Kirscher, il est bondissant et malicieux, un lutin qui réussit à dépasser la barrière de la technique. Je regrette le manque d'inspiration de Mélac: un bien beau danseur qui semblait fatigué par le rôle après pourtant un manège réussi.

 

De la même façon pour Caligula où je me souvenais bien de Bullion et Osta. Alexandre Gasse semblait complètement à l'aise dans le personnage de l'empereur fou et Galioni est aussi délicate que d'habitude, j'espère la revoir vite. Louvet s'est acquitté comme il pouvait de ce ridicule rôle de cheval alors qu'il aurait pu nous offrir tellement mieux dans une pièce plus classique.

 

Le Parc, vu et revu avec différentes étoiles de l'Opéra, aurait aisément pu souffrir de la comparaison avec Ciaravola, Le Riche, Legris, Dupont.... Mais la délicieuse Charlotte Ranson et le fier Yvon Demol ne m'ont pas fait lâcher mes jumelles une seule seconde. Avec des danseurs plus jeunes, l'œuvre est bien différente, avec une sorte de réalité dans l'Abandon à l'amour et une tendresse juvénile plus présente.

 

Enfin, si je n'avais jamais vu la pièce Fugitif de Sébastien Bertaud, j'ai eu l'impression de revoir des extraits de Pas Parts de Forsythe, immortalisés notamment par des photos d'Audric Bézard, d’Hervé Moreau ou d'Agnès Letestu. Et finalement, la comparaison fonctionne. Bien qu'un peu verts, Lucie Fenwick et ses longues jambes et Mickaël Lafon plus costaud, nous entrainent dans ce court duo dans un espace confiné.

 

Il y a ensuite les extraits qui nous donnent envie de découvrir l'intégralité de l'œuvre.

 

Je me suis donc trouvé un peu perdu devant Genus. Hugo Marchand se montre aussi bon en classique qu'en contemporain et m'a entrainé dans son duo. Juliette Hilaire semblait effrayée, regarder quelque chose au loin, une menace, un fléau qui arrivait, lui la protégeait. Un mélange de fascination et d'incompréhension devant l'extrait, qui semblait à lui seul plus puissant que mon souvenir de L'Anatomie de la sensation du même McGregor (d'ailleurs présent au balcon).

 

Impression encore plus forte devant l'extrait d'Amoveo de Millepied avec le très beau couple Léonore Baulac et Jérémy-Loup Quer. Toute fine, fragile, elle se laisse porter. C'est réellement le moment le plus réussi de la soirée, on a décidément bien quitté le cocon du corps de ballet, ce sont de vrais solistes qui, à l'inverse de la plupart des autres, réussissent à communiquer quelque chose d'autres que la simple technique. Et en plus, danser sur la musique d'Einstein on the Beach de Philipp Glass, c'est un bonheur. 

 

Et enfin, il y a la catégorie: le reste, où l'on a de tout.

 

Un regret d'abord, l'extrait d'ouverture de Wuthering Heights avec Coste et Bachmann. Ce sont deux danseurs aux personnalités fortes que j'avais déjà vu danser, notamment Bachmann dans un gala à Neuilly. Mais je n'accroche pas à ces jeux enfantins au milieu d'un champ de maïs. Dommage de ne pas les voir dans une chorégraphie qui passe mieux dans ce genre de soirée.

 

Une découverte ensuite avec la pièce de Nicolas Paul, Quatre Figures dans une pièce. Oppression et autisme pour chacun de ces quatre danseurs coincés dans leur carré de lumière, qui dansent à tour de rôle puis tous ensemble. Ils écrivent à la craie au sol, ce qui réduit d'autant plus leur espace vitale. Daniel Stokes est la personnalité qui se dégage le plus de cette pièce, mais je remarque aussi Antonin Monié, un physique particulier mais qui convient très bien à ce type d'œuvre plus expressive.

 

Une surprise enfin avec Les Enfants du Paradis. Au milieu du foisonnement perpétuel de ce ballet, je ne me rappelais pas ce joli pas de deux tiré de la scène de Robert Macaire qui commence et finit dans le noir. Hannah O'Neill est une très belle danseuse, très élégante et raffinée, qui se laisse porter par l'attentionné Mathieu Contat que j'ai également trouvé tout à fait comme il faut: ni trop expressif, ni trop faible techniquement. Un très joli couple de danseurs accomplis.

 

Une belle soirée qui a permis à ces danseurs de sortir des rôles de corps de ballet ou de demi-soliste pour briller en solo.

 

Merci @LA_de_M pour la photo.

Jeunes Danseurs

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Danse en mars 2014

3 Avril 2014, 12:33pm

Publié par Aymeric

La danse a été très diversifiée en mars, de la recréation classique aux projets contemporains de nouvelles compagnies.

L’Opéra de Paris a fini une période de flux tendus entre Onéguine et le programme Cullberg/De Mille. Ce dernier diptyque a décidément été très intéressant, surpassant la simple notion d’œuvres muséales, comme je l’avais pensé lors de ma première représentation. Je reste convaincu que le couple Bullion/Abbagnato est le meilleur pour exprimer les tensions de Mademoiselle Julie (j’admets ne pas avoir réussi à voir Grinsztajn/Bézard). Les personnalités des danseurs s’accordent parfaitement avec celles des personnages.

Ce fut un plaisir de voir Nicolas Le Riche pour sa dernière représentation à Garnier avant ses adieux. S’il donne une interprétation intéressante et explosive de Jean, j’ai trouvé que Dupont restait trop dans la retenue pour nous donner une Julie tout à fait convaincante. L’image qui me restera le plus de ce ballet est à n’en pas douter Yann Saïz, moustachu et vêtu d’un costume fuschia, en fiancée. Un rôle court et amusant que le danseur a relevé avec beaucoup de talents.

Fall River Legend est une œuvre très intéressante mais au bout de la troisième fois je me lasse un peu. A l’inverse de quelques autres bloggueurs, j’ai trouvé Pujol la plus réussie en Accusée, son jeu d’actrice est parfaitement en adéquation avec l’expressivité que demande le rôle. Le décalage avec la jeunesse de Raveau rend la pièce encore plus intéressante. Le couple Renavand/Chaillet m’a quand même laissé une bonne impression (surtout vu de si près), la complicité entre ses danseurs a bien servi dans les moments de couple.

J’ai continué mon chemin dans la danse moderne en allant voir les pièces contemporaines du Los Angeles Dance Project de Benjamin Millepied. Si la précédente édition m’avait laissé une impression moyenne, je suis sorti plutôt content de cette soirée au Châtelet. Les danseurs sont décidément d’une technique et d’une plastique idéale pour ce genre de répertoire ; ils semblent si heureux d’être là.

Mon premier replacement m’a écrasé les jambes et donc je n’ai pas trop pu regarder le Gat, mais la chorégraphie ne m’a pas tout à fait parlé. J’en ai vu un, je suis donc prêt à en aborder d'autres. La pièce du japonais Umeda (Peripheral Stream) jouait sur les stroboscopes du fond, chaque danseur semblait dépendre d’une fréquence de lumière et de son, pour un résultat certes épileptique mais très intéressant et électrisant. Je reverrai cette pièce avec plaisir.

J’ai regretté que la pièce de Justin Peck soit si peu originale. On aurait cru un remake 2014 de certaines chorégraphies de Robbins, West Side Story style. Pas trop de début ni de fin, des applaudissements timides arrivent entre chaque morceau, avant que l’on comprenne réellement que c’est fini en regardant notre montre. Un peu léger, heureusement que les interprètes sont si sympathiques. Les américains semblent beaucoup parler de ce jeune prodige du NYCB, restons donc à l’écoute.

Je me suis finalement réconcilié avec Millepied. Sa pièce de l’année dernière m’avait laissé une bien piètre première impression, et c’est sa pièce Closer (2006) qui m’a le plus plu dans cette soirée. Rien d’innovant, on sentait bien l’inspiration de Preljocaj (Le Parc surtout), mais la musique de Philip Glass et les danseurs ont réussi à me convaincre. On frissonne même un peu.

J’ai testé une nouveauté en fin de mois : la retransmission live depuis le Bolchoï (via le service de Pathé Live) d’un ballet. Avec une absence de ballets purement classiques à Paris en cette fin d’année, c’est la solution la moins couteuse pour en voir (les billets d’Eurostar reviennent finalement assez chers). La recréation de Marco Spada de Pierre Lacotte et son entrée au répertoire par le Bolchoï la saison dernière avait reçu de bons échos dans les médias. C’est le style français comme Lacotte aime et sait le défendre et comme le Bolchoï sait le danser. Seule la compagnie moscovite est capable de faire danser cinq (voire six) premiers solistes pendant trois heures sans que l’on puisse voir de signes de fatigue. La petite batterie est respectée, le jeu d’acteurs important et la virtuosité éclatante.

Hallberg est le maître de ce spectacle, naviguant à travers la scène et les pas de deux avec un sourire malicieux et amusé, et une aisance insolente. Obraztsova assure une contrepartie bien plus délicate, toute en finesse directement importée du Mariinsky. Smirnova, la rising star moscovite, s’impose effectivement comme une grande ballerine, dans l’interprétation comme dans la technique. Un trio de tête auquel se rajoute les différents mariés. L’histoire est moins complexe que Paquita (qui a réellement compris tout Paquita sur scène ?), mais tout aussi improbable. J’ai l’impression de voir un mélange entre Les Brigands d’Offenbach et La Fille du Régiment de Donizetti. Un délicieux et long spectacle dont on sort avec le sourire.

Le mois avait commencé par un autre numéro de virtuosité : le gala en hommage à Manuel Legris. Une sympathique soirée, malheureusement avec un public bien trop clairsemé. Attention néanmoins aux malédictions, un hommage alors que la personne est encore en vie peut porter malheur. Rassurez-vous, le directeur du Staatsballett de Vienne est bien en forme. Si la chorégraphie de Sylvia m’a bien ennuyé (les costumes viennent-ils de Une Sorte de… d’Ek ?), je l’ai trouvé remarquable dans Le Parc (avec une Aurélie Dupont qui se laisse enfin aller) et drôle et efficace dans la super Chauve Souris de Petit.

Il y chaperonnait d’ailleurs sa star Olga Esina, déjà remarquée lors de la dernière tournée du ballet aux Etés de la danse. Une bien belle danseuse aux jambes infinissables qui se glisse dans la plupart des rôles. Je passe sur son Lac, dont je me passe bien en gala, mais son Anna Karénine m’a bien donné envie de voir le ballet.

Les moscovites m’ont bien plu avec leur classiques Belle au Bois Dormant et Fille du Pharaon, toujours un plaisir de voir leur finesse et rapidité de jeu, Krysanoba et Chudin ont bien représenté la danse russe ce soir là. Tout comme les danseurs de Stuttgart (Eichwald et Vogel), si leur Manon ne m’a pas laissé de souvenir poignant, j’ai adoré leur Mona Lisa, du Forsythe réactualisé dont je garde un excellent souvenir !

J’ai trouvé le ballet de Paris un peu plus faible, Donizetti Pas de Deux n’est pas exceptionnelle et le solo de la Belle ne rend pas aussi bien quand il n’est pas inséré dans le ballet. Heureusement, la technique et les sourires de Giezendanner et Heymann nous empêchent de nous ennuyer !

Les stars de la soirée ont été sans aucun doute Nuñez et Soares. Leur Don Quichotte a commencé par montrer leurs capacités techniques, leur Winter Dreams leur capacité à émouvoir, même en peu de temps. Elle est décidément une superbe ballerine. Je trouve également que Soares a une certaine présence sur scène particulière, bien différente des autres danseurs de la soirée : il est terrien, attentionné, un peu brut.

Le mois de danse s’est fini par une très sympathique rencontre avec Isabelle Ciaravola à l’occasion d’une conclusion sur sa carrière officielle à l’Opéra de Paris. Enseignements en Corse et ailleurs (Pologne, Lettonie, Japon…), tournées avec Nicolas Le Riche, spectacles, la plus jeune ‘retraitée’ de Garnier semble tout à fait sereine pour son avenir. Je la retrouverai avec plaisir à Amiens avec Nicolas Le Riche.

Danse en mars 2014

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Février 2014

5 Mars 2014, 09:22am

Publié par La loge d'Aymeric

De moins en moins de temps pour des articles complets sur mes spectacles, donc voilà un premier tour d’horizon de mes spectacles de février 2014.

Février a décidément été le mois d’Onéguine. Moi qui m’étais promis de ne pas le voir trop de fois, j’y suis quand même allé quatre fois. Même en connaissant ce ballet par cœur (musique, chorégraphie), les émotions reviennent, bien différentes selon chaque interprète. Paquette a tenté de faire un poète romantique, ce qui ne marchait pas trop à l’acte II. En face, Pagliero avait du mal à se positionner en tant que Tatiana. Un peu hésitant, ils finissent le ballet de façon très propre. Le lendemain, Evan McKie est revenu de Stuttgart au dernier moment pour reprendre Onéguine avec Isabelle Ciaravola. Il est décidément parfait et a réussi à montrer toutes les subtilités du personnage ; elle reste une superbe tragédienne et est sans doute la danseuse qui a le mieux compris Tatiana. Je la retrouve pour sa dernière représentation à l’Opéra, cette fois avec Hervé Moreau. Ce ne fut pas une représentation larmoyante, mais heureuse. Tatiana s’est donnée tout entière à son partenaire, Moreau est décidément un danseur très noble et très dur dans un tel rôle.

Ciaravola est sans doute la plus grande tragédienne de sa génération. Effectivement je ne m’imagine pas trop dans les rôles ultra classiques du répertoire : La Belle, Le Lac, Bayadère ou encore Kitri, car son véritable potentiel aurait sans doute été gâché. Elle le dit elle-même, elle n’était pas une technicienne hors-pair. Ses mouvements reflétaient ses états d’âme. Ses grands rôles sont ceux d’actrices (Marguerite, Tatiana, Manon).

Lors de ces trois dates, Heymann et Giezendanner dansaient le couple secondaire Lenski/Olga. Il était bien heureux de retrouver une série longue sur la scène de Garnier et s’est donc donné à cœur joie dans ce rôle qui mêle joie amoureuse et souci de la mort. Son solo du deuxième acte semblait pousser plus loin celui du deuxième acte de La Belle. Charline a trouvé ici un bon rôle pour s’exprimer, certainement plus valorisant que l’éternelle Fée-Canari de La Belle, sa joie sur scène réussissait sa mission principale : s’opposer à la nostalgie de Tatiana.

Et puis il y a eu une représentation bien différente, la troisième distribution, celle d’Albisson et d’Hoffalt, de Révillion et Barbeau. J’ai vu une toute nouvelle version du ballet, qui m’a (désolé) fait penser à High School Musical, dans le sens où c’était une histoire de lycéens. Je me fiche bien que cela gâche Pouchkine, Cranko ou d’autres, j’ai adoré cette version où les sentiments et les réactions étaient bien plus jeunes. Ainsi quand Onéguine revient, Hoffalt a l’air de se dire ‘j’ai fait une bêtise.’ En osant blâmer Onéguine après le duel, elle devient femme et ce changement est d’autant plus visible avec une aussi jeune danseuse. Je suis réellement content que Révillion ait eu un rôle consistant en plus de sa Pierre Précieuse. Ce danseur appartiendra décidément à la prochaine génération prometteuse. Il m’a convaincu tout à fait en Lensky. Voir la chronique des Balletonautes, avec qui je suis décidément de plus en plus d’accord.

J’ai également pu voir une fois le double programme très intéressant Cullberg/De Mille avec ce que je jugeais être la plus équilibrée des distributions. Pujol était parfaite en Accusée de Fall River Legend, son expressivité, qui en fait parfois un peu trop, est ici tout à fait à sa place. Elle est cinglante et glaciale en meurtrière, mais tout d’un coup plus attendrissante quand elle rencontre Pierre-Arthur Raveau, le jeune pasteur qui cherche l’amour et une âme à sauver. Il est attiré par cette jeune fille si différente. Les scènes de groupe réalisent de bons ensembles. Cette danse qui semble briguer l’héritage expressionniste de Lifar n’est pas tout à fait ma tasse de thé mais se laisse regarder sans trop d’excès.

En face, Abbagnato jouait une Mademoiselle Julie qui reflétait tout à fait ses talents. Elle est la descendante d’une grande famille, le dernier rejeton pourri gâté et mal élevé qui veut un nouveau jouet. Elle fait fuir son fiancé, Yann Saïz, excellent même avec sa moustache et son costume violet, et se cherche un nouveau jouet. Elle regarde alors un de ces domestiques, Jean, qui drague déjà d’autres domestiques. Bullion de la même façon trouve là un rôle taillé pour lui : le domestique distant un peu froid, qui fait le travail et retourne vers autre chose. La scène de la cuisine semble directement venir du Carmen de Roland Petit, Abbagnato debout qui tente de faire craquer Bullion. Sauf qu’ici c’est elle qui souffre. La dernière scène, celle du tableau des ancêtres qui prennent vie pour blâmer l’enfant, prévient déjà l’arrivée d’Ek. Un excellent ballet que je vais sans doute aller revoir.

Pour finir sur le ballet de l’Opéra de Paris, j’ai pu profiter d’une visite de l’Ecole de Danse de Nanterre, berceau actuel de la fameuse Ecole française de danse classique. Il est passionnant de voir les locaux d’où viennent les futures étoiles du Ballet et pouvoir échanger quelques mots avec Elisabeth Platel, directrice du lieu, une femme qui s’est dévouée corps et âme à la tradition française.

En danse, j’ai également pu voir un Don Quichotte au Palais des Congrès, dont j’ai parlé ici, avec Daniil Simkin et Iana Salenko.

Enfin, j’ai assisté à la performance de Noé Soulier au Palais de Tokyo, Mouvement sur Mouvement. Tout en exécutant des pas venus de Forsythe, Soulier nous récitait un texte sur le mouvement, les référentiels, le rapport entre les actes. Une performance courte, intéressante, qui traite de Bausch, Forsythe ou encore Cunningham.

Côté théâtre, je suis allé voir Les Fausses Confidences avec Isabelle Huppert et Louis Garrel et le Roméo et Juliette de Briançon. Je suis également allé au Français voir Le Songe d’une nuit d’été mis en scène par Muriel Mayette, que j’ai vraiment détesté, je ne m’étais pas autant ennuyé depuis longtemps. La traduction était bien plate, les coupures embêtantes, la scénographie en papier et les costumes ne créaient rien qui me paraissait pertinent. Heureusement la performance de Vuillermoz et de ses acolytes a réussi à éviter le naufrage.

Côté opéra, j’ai été plus flemmard, et n’ai pas réussi à voir Butterfly ou Alcina. J’ai néanmoins été voir La Fanciulla del West avec Stemme à Bastille : une mise en scène américaine ultra kitsch, mais qui m’a bien plu. L’œuvre rappelle La Bohème ou malheureusement parfois Il Tabarro. Décidément pas un chef d’œuvre, mais une bonne distraction, et quel plaisir d’entendre Stemme après son Tannhäuser il y a quelques années.

J’ai été conquis par Pelléas et Mélisande, dont ma critique est ici. L’Opéra Comique retrouve une des œuvres créées dans sa salle et lui offre une mise en scène sobre qui met en valeur l’œuvre, avec des chanteurs français d’un très haut niveau, sous une belle direction. J’ai maintenant hâte de voir la production Wilson à Bastille la saison prochaine.

Enfin, dans la dernière catégorie, celles des ‘autres’ spectacles, je parlerai tout d’abord de Tabac Rouge de James Thierrée, un spectacle pluridisciplinaire : cirque/acrobatie, musique, et théâtre en tant qu’expression dramatique. En rangeant ce spectacle dans la catégorie de « Théâtre, » le TdV a peut-être mal visé le public. Sans presque aucune parole, je comprends tout à fait la trame de cette histoire. Le dictateur, tel Akel dans Pelléas, va mal, et tout l’univers en souffre. Ces ‘minions’ se contorsionnent de douleur et tentent de le distraire. Il essaie de s’échapper mais l’armée l’en empêche. Une trame presque venue d’Ionesco : absurde, émotion, esthétique. Ce grand final où les parois s’élèvent et se détachent, illuminant alors enfin l’espace, rend une très belle image. Thierrée est exceptionnel dans ce rôle de fou. Chaque geste est détaillé, et c’est bien un ‘choréo-drame.’

Mon meilleur spectacle reste décidément le Kabaret Warszawski de Warlikowski dont j’avais parlé ici.

Février 2014

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