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La Loge d'Aymeric

Une Flûte peut-être Enchantée mais pas Enchanteresse

19 Juillet 2013, 17:35pm

Publié par La loge d'Aymeric

Une Flûte Enchantée

Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne
Théâtre des Bouffes du Nord
16 juillet 2013
Piano: Vincent Planès; Pamina: Dima Bawab; Reine de la Nuit: Malia Bendi Merad; Tamino: Roger Padullès; Papageno: Thomas Dolié; Papagena: Betsabée Haas; Monostatos: Alex Mansoori; Sarastro: Vincent Pavesi; Magicien: Abdou Ouologuem; Figuration: Jean Dauriac


J'attendais beaucoup de ce spectacle. Quoi exactement je ne sais pas ou plus, mais lorsque les représentations de la création avaient été sold-out rapidement il y a deux ans puis que la production était partie triomphalement en tournée,
je m'attendais à un spectacle saisissant et fort. Finalement je me retrouve devant quelques bons extraits chantés de La Flûte, mais cela ne va pas tellement plus loin.

Deuxième Flûte que je vois, et c'est à nouveau une adaptation, j'attends celle de Py la saison prochaine pour enfin voir la VO. Brook et ses compères choisissent de dépouiller Mozart de tous les artifices habituels et de sortir l'opéra de son carcan, nous offrant un Mozart ´éternellement jeune'. Merci mais non, Mozart compose sa dernière œuvre pour
un théâtre des faubourgs de Vienne, tellement moins raffiné que la Hofoper impériale où un public averti aurait aisément pu comprendre les subtilités du Salzbourgeois. Si l'idée était celle d'un come back to the original Mozart, il fallait justement retourner aux artifices et éviter une épure trop drastique.

Des
bambous comme seul décor, qu'un brave magicien s'amusera à déplacer comme sur un damier avant d'auto-saboter son travail en les faisant tous tomber. Le prestigieux palais maçonnique, les souterrains, les épreuves du feu, tout passe à la trappe. Il faut imaginer n’est ce pas. Des bambous comme matière originelle, j'y crois peu. Comme à l'histoire d'ailleurs, qu'on a même du mal à suivre, ce qui peut paraitre absurde pour un opéra normalement aussi lisible. Quels personnages sont réellement présents? Celui-ci est là mais disparait de la narration quelques instants plus tard.

Seul le brave magicien, le seul à ne pas chanter, tente de rallier le tout avec un talent évident d'acteur, il ne sombre pas dans la farce comme Papageno, dans la transparence comme Tamino ou dans le mélo de Tamina. Il est toujours bien difficile de vouloir donner une dimension théâtrale à une œuvre lyrique, le choix des chanteurs étant prépondérant. Dessay dans ses grands jours, ou même récemment dans La Fille du Régiment, réussissait aussi bien dans le théâtre que le chant. Mais un Tézier à l'inverse reste statique en scène et je ne lui en veux pas particulièrement pour Almaviva ou Onéguine.

C'était ce soir là la première représentation de la deuxième distribution. Était-elle particulièrement au rabais et moins brillante que la première ? Rien n'est moins sur car dans l'univers de Brook
chaque représentation se nourrit de la précédente, j'étais donc ici à t=0. Et puis théâtre mis à part, les quelques airs sélectionnés sont très bons.

La Reine de la Nuit n'apparait presque pas en dehors de ses airs et c'est peut être pour cela que je la préfère. Son premier air "O zittre nicht, mein lieber Sohn"  me fait rapidement frémir, auquel succédera un Höhe Rache mémorable. Tamino semble initialement aussi absent musicalement que dramatiquement. Mais il finit par s'en sortir notamment dans les duos avec Tamina. Papageno s'en sort plutôt bien et joue un comique sans doute trop fort mais qui montre une volonté de s'insérer dans la dramaturgie. Le chanteur qui réussira le mieux à balancer dramaturgie et qualité vocal est Sarastro, avec une tonalité très claire que j'aime beaucoup. C'est un des rares à ne pas paraitre ridicule comme acteur.
 

 Finalement celui que je regarderai presque le plus était Planès au piano, qui ne lâche pas ses touches et sa partition des 90 minutes. La réécriture pour piano seule ne permet évidemment pas d'attraper toutes les subtilités de Mozart mais reste suffisamment honnête pour accompagner les chanteurs. Le pianiste semble parfois fou, entrainé dans sa musique, en contact visuel non stop avec les chanteurs. Timide, il ne sortira pas des rangs pour se faire spécialement applaudir alors qu'il méritait sans doute le plus de sortir du lot. 

Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne
Théâtre des Bouffes du Nord
16 juillet 2013
Piano: Vincent Planès; Pamina: Dima Bawab; Reine de la Nuit: Malia Bendi Merad; Tamino: Roger Padullès; Papageno: Thomas Dolié; Papagena: Betsabée Haas; Monostatos: Alex Mansoori; Sarastro: Vincent Pavesi; Magicien: Abdou Ouologuem; Figuration: Jean Dauriac


J'attendais beaucoup de ce spectacle. Quoi exactement je ne sais pas ou plus, mais lorsque les représentations de la création avaient été sold-out rapidement il y a deux ans puis que la production était partie triomphalement en tournée, je m'attendais à un spectacle saisissant et fort. Finalement je me retrouve devant quelques bons extraits chantés de La Flûte, mais cela ne va pas tellement plus loin.

Deuxième Flûte que je vois, et c'est à nouveau une adaptation, j'attends celle de Py la saison prochaine pour enfin voir la VO. Brook et ses compères choisissent de dépouiller Mozart de tous les artifices habituels et de sortir l'opéra de son carcan, nous offrant un Mozart ´éternellement jeune'. Merci mais non, Mozart compose sa dernière œuvre pour un théâtre des faubourgs de Vienne, tellement moins raffiné que la Hofoper impériale où un public averti aurait aisément pu comprendre les subtilités du Salzbourgeois. Si l'idée était celle d'un come back to the original Mozart, il fallait justement retourner aux artifices et éviter une épure trop drastique.

Des bambous comme seul décor, qu'un brave magicien s'amusera à déplacer comme sur un damier avant d'auto-saboter son travail en les faisant tous tomber. Le prestigieux palais maçonnique, les souterrains, les épreuves du feu, tout passe à la trappe. Il faut imaginer n’est ce pas. Des bambous comme matière originelle, j'y crois peu. Comme à l'histoire d'ailleurs, qu'on a même du mal à suivre, ce qui peut paraitre absurde pour un opéra normalement aussi lisible. Quels personnages sont réellement présents? Celui-ci est là mais disparait de la narration quelques instants plus tard.

Seul le brave magicien, le seul à ne pas chanter, tente de rallier le tout avec un talent évident d'acteur, il ne sombre pas dans la farce comme Papageno, dans la transparence comme Tamino ou dans le mélo de Tamina. Il est toujours bien difficile de vouloir donner une dimension théâtrale à une œuvre lyrique, le choix des chanteurs étant prépondérant. Dessay dans ses grands jours, ou même récemment dans La Fille du Régiment, réussissait aussi bien dans le théâtre que le chant. Mais un Tézier à l'inverse reste statique en scène et je ne lui en veux pas particulièrement pour Almaviva ou Onéguine.

C'était ce soir là la première représentation de la deuxième distribution. Était-elle particulièrement au rabais et moins brillante que la première ? Rien n'est moins sur car dans l'univers de Brook chaque représentation se nourrit de la précédente, j'étais donc ici à t=0. Et puis théâtre mis à part, les quelques airs sélectionnés sont très bons.

La Reine de la Nuit n'apparait presque pas en dehors de ses airs et c'est peut être pour cela que je la préfère. Son premier air "O zittre nicht, mein lieber Sohn"  me fait rapidement frémir, auquel succédera un Höhe Rache mémorable. Tamino semble initialement aussi absent musicalement que dramatiquement. Mais il finit par s'en sortir notamment dans les duos avec Tamina. Papageno s'en sort plutôt bien et joue un comique sans doute trop fort mais qui montre une volonté de s'insérer dans la dramaturgie. Le chanteur qui réussira le mieux à balancer dramaturgie et qualité vocal est Sarastro, avec une tonalité très claire que j'aime beaucoup. C'est un des rares à ne pas paraitre ridicule comme acteur.

Finalement celui que je regarderai presque le plus était Planès au piano, qui ne lâche pas ses touches et sa partition des 90 minutes. La réécriture pour piano seule ne permet évidemment pas d'attraper toutes les subtilités de Mozart mais reste suffisamment honnête pour accompagner les chanteurs. Le pianiste semble parfois fou, entrainé dans sa musique, en contact visuel non stop avec les chanteurs. Timide, il ne sortira pas des rangs pour se faire spécialement applaudir alors qu'il méritait sans doute le plus de sortir du lot.

Une Flûte peut-être Enchantée mais pas Enchanteresse

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