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La Loge d'Aymeric

Le Lac des Cygnes, le Mariinsky à Covent Garden

2 Août 2014, 09:51am

Publié par La loge d'Aymeric

L’été, les compagnies se délocalisent. Le San Francisco Ballet à Paris par exemple. Alors que le Bolchoï se promène aux Etats-Unis, le Mariinsky (ex-Kirov pour les nostalgiques) a été invité pour trois semaines de représentations londoniennes dans la prestigieuse salle de Covent Garden. Roméo et Juliette, le Lac, Cendrillon et deux programmes mixtes plus modernes permettent de dévoiler l’étendue du répertoire de la compagnie sans se limiter aux seuls classiques. Calendrier oblige, je n’ai pu voir que deux Lac des cygnes. Le classique des classiques par la compagnie pour laquelle Petipa le créa, il faut avouer que cela a un aspect mythique, voire mythologique. La compagnie assure sa réputation : impeccable, noble et émouvante.

La censure soviétique avait interdit à Grigorovitch de finir tragiquement sa version Bolchoï dans les années 60, obligeant un dénouement heureux. De la même façon, la version de Sergueyev finit par une réunion sympathique des amants, pour une fin dans l’ensemble bien bousculée et peu en adéquation avec la partition de Tchaïkovsky, avec une sorte de duel entre Rothbart et Siegfried. Pour le reste, la chorégraphie est dans l’ensemble bien prévisible, avec peu de nouveautés, si ce n’est l’arrivée au dernier acte de quelques cygnes noirs dans le corps de ballet. Mais, alors que la version Grigorovitch du Bolchoï a été descendue par la critique américaine pour son passéisme, j’ai trouvé la version Sergueyev réellement intemporel. Certes les décors et les costumes sont « spectaculaires » au sens premier, mais avec une certaine touche de raffinement Mariinsky. (J’avoue toutefois avoir eu du mal avec les joyaux sur l’arbalète et la robe de mariée de la Reine mère.) Je regrette néanmoins l’habitude russe (et britannique ?) d’applaudir chaque variation ou pas : le rythme se retrouve totalement brisé, notamment lorsque la coda du pas de deux du deuxième acte est carrément interrompue après les fouettés, puis reprise pour Siegfried.

A force de voir les versions de Noureev des ballets classiques, j’ai l’habitude de voir des rôles masculins consistants dans les classiques. En héritier du ballet impérial toutefois, cette version du Lac laisse la part belle à la ballerine et le danseur est en retrait total. Une variation au deuxième acte et quelques pas par ci par là, mais c’est davantage un rôle de pantomime et de faire-valoir. Lors de la matinée des « petits jeunes, » Xander Parish dansait Siegfried. Cet été, les enfants sont retournés au bercail, la Française Froustey est venue à Paris avec sa compagnie américaine ; David Hallberg à New York avec le Bolchoï et maintenant, le British Parish revient à Londres avec le Mariinsky. La presse locale a donc défendu corps et âme le retour de l’enfant prodigue du Royal Ballet qui a préféré aller voir ailleurs par manque d’avancées à Londres. Si effectivement il affiche de belles lignes dans l’ensemble, sa prestation manque clairement de maturité et de conviction. Sa variation du deuxième acte semblait sortir d’un gala et sa scène de confrontation avec Rothbart n’est absolument pas vraisemblable.

Pour des rôles masculins efficaces, il fallait se tourner vers les seconds rôles, notamment celui du Bouffon (Popov et Shumakov). Un rôle certes de pitreries, mais particulièrement bien ficelés et étonnamment musical ! Lors des scènes de cour, j’attends avec impatience son arrivée. Le rôle de Rothbart (Yermakov et Zverev) n’est pas aussi développé que chez Noureev, mais lorsqu’il se met à danser dès le premier acte, on en redemande ! Homme-cygne, il est autant oiseau que ses créatures enchantées ce qui lui donne un aspect bien plus souple et lui permet de superbes jetés au dernier acte. Il meurt quand Siegfried lui ôte ses ailes, ce que je trouve bien élégant. Enfin, Stepin, en ami de Siegfried, réussit une variation enjouée avec ses deux partenaires au premier acte.

La matinée devait être une invitation à Olga Esina, la jeune star de Manuel Legris à Vienne, vue au Châtelet et au Palais des Congrès, qui a finalement laissé la place à Yulia Stepanova. Comme entrée en matière, c’est très bien. La jeune danseuse est sortie de Vaganova il y a cinq ans, et se promet à une solide position de soliste, mais, comme Parish, elle est encore un peu verte. Le rôle du cygne est un des plus exigeants du répertoire classique, et demande autant de technique que d’interprétation.

Si Stepanova réussit un cygne blanc acceptable car parfaitement académique et technique, le cygne noir n’est pas convainquant dramatiquement: je ne vois aucune évolution entre les deux personnages et à travers les actes. Les fouettés sont par exemple réussis mais pas extraordinaire. La danseuse reste attendrissante et nous sert un spectacle qui reste néanmoins dans l’ensemble très satisfaisant.

Le spectacle est notamment réussi grâce aux ensembles du Mariinsky, qui permettent d’encadrer brillamment les solistes. L’orchestre est une pure merveille. Ma place du soir m’a placé au-dessus de la fosse orchestre, et c’était un réel concert symphonique ! Alexei Repnikov n’avait pas l’air complètement emballé sur sa petite chaise, mais sa direction était éblouissante, d’un lyrisme frappant. Le corps de ballet était impeccable également, uniforme et rigoureux. J’ai parfois trouvé que l’ensemble manquait de vigueur dans les scènes de cour, mais les scènes en blanc sont de véritables joyaux ! Les danses de caractère des demi-solistes sont également particulièrement travaillées.

Tout cela pour arriver au top du top de ma journée Mariinsky : le couple Tereshkina/Shklyarov. Vu depuis l’avant-scène (comme Giselle en janvier), j’ai été totalement émerveillé par ce couple. Shlykarov réussit à donner une réelle consistance à Siegfried, tant dans ses moments les plus anodins comme le début du premier acte, que lors de sa course vers les cygnes. Son partenariat avec Tereshkina fonctionnait dès leur rencontre, tant en Odile qu’en Odette. Si son cygne à blanc est apeuré et mélancolique, Tereshkina devient soudainement cynique et sulfureuse en Odile. Lorsque je retrouve ce couple au dernier acte, j’en ai des frissons (avant cette fin peu/trop heureuse…). Une ballerine accomplie, avec un danseur noble.

Le Lac des Cygnes, le Mariinsky à Covent Garden

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