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La Loge d'Aymeric

Articles avec #danse

In Situ, par Pierre-Elie de Pibrac

9 Octobre 2014, 15:09pm

Publié par La loge d'Aymeric

Des livres sur les danseurs, il y en a beaucoup, au moins un ou deux sort par an. Qu’est ce qui fait la spécificité de celui de Pierre-Elie de Pibrac ? Retour sur les clichés exposés!


En se baladant dans l'exposition de l’Ile Saint Louis, on entre dans une atmosphère tout à fait différente des autres univers de photographe. Plutôt qu’une atmosphère il y en a plusieurs, reflétant les différentes émotions qu’un photographe peut avoir face à ces danseurs : en répétition, sur scène ou dans les espaces du Palais Garnier.


La première salle est la plus intimiste, en noir et blanc, avec des photos de répétions dans les studios de Bastille, des coulisses de la Belle au bois dormant ou encore des clichés plus intimes sur scène. Une photo de Stéphane Bullion l’isole dans un noir total, tout comme Letizia Galloni en Naïla. On ne reconnait pas toujours les danseurs, mais plutôt le danseur dans une imagerie décalée entre présence en scène, relaxation en coulisse et élégance perpétuelle en répétition. Une dernière photo se focalise sur le mouvement d’un pied qui arrive en piqué au sol. Elle fait écho aux deux écrans posés à terre qui filment uniquement le bas du corps entre des répétitions d’Onéguine et le défilé du corps de ballet.


Première évolution vers la couleur avec la photo sur le toit de l’Opéra. Bien loin de celles qu’a récemment réalisées JR, cette photo transforme le toit de Garnier en un espace scénique où les couples se répartissent, éblouissant dans leurs costumes blancs le ciel grisonnant. L’effet du tirage fait particulièrement ressortir les danseurs, qui semblent posés délicatement, comme un collage. Même effet de réalisme avec des photos dans le grand foyer ou dans la grande salle où les danseurs se détachent du sol et de leur univers. Pibrac place les danseurs en spectateurs, en costume d’Onéguine, ou les fait danser dans le foyer de la danse, en habit de défilé.


La série la plus intéressante se rapporte au mouvement de la danse, commençant par ce monumental groupe tiré d’Orphée de Bausch : les danseuses en rose pâle se lamentant dans un mouvement commun circulaire. Des photos de la soirée Jeunes Danseurs permettent de retrouver non pas les danseurs, mais les mouvements des costumes si représentatifs, entre Le Parc et Caligula. Au milieu se glissent des tableaux de maître, deux clichés de la Belle au bois dormant rappellent des Degas et une photo du corps de ballet de Notre Dame offre un bel éclat de couleurs.


La principale spécificité de ce projet est la sélection de danseurs. Dans les photos de l’exposition, on aperçoit quelques étoiles, mais l’ensemble porte davantage sur des sujets, des coryphées ou des quadrilles. Une opportunité donc de voir de très beaux tirages avec des danseurs qui ont moins l’habitude de se retrouver dans ce type de support, ou encore avec ces costumes de solistes (Kitri, Basilio, Mademoiselle Julie, Onéguine, …). Un beau regard sur les nouvelles générations à travers des souvenirs de la saison 2013/2014.


In Situ, Galerie Clémentine de la Féronnière : 51, rue Saint Louis en l’île. Jusqu’au 23 novembre, 12h-20h.

In Situ, par Pierre-Elie de PibracIn Situ, par Pierre-Elie de PibracIn Situ, par Pierre-Elie de Pibrac

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Magifique de Malandain à Neuilly

7 Octobre 2014, 18:10pm

Publié par Aymeric

Le danseur ouvre sa boite à souvenirs et on entre alors dans ses impressions du saint des saints chorégraphiques: la trilogie Tchaïkovski. Malandain raconte ses souvenirs d'enfant et d'adultes et les émotions qu'il avait pu ressentir devant chacun de ses ballets. Comme dans un rêve, tous les éléments se déclenchent pour concrétiser les idées de l'enfant danseur. Se mélangent souvenirs, narration, anecdotes, avec humour et nostalgie.

Au début, comme entre les trois parties, on entre dans les ténèbres alors que le danseur se remémore peu à peu ses idées, la musique de Tchaïkovski en fond sonore, sous des pleurs de bébés ou des murmures de discussion.

La Belle au bois dormant se réveille sur des bars de danse, où les danseurs commencent leur cours. Rapidement les bars deviennent des prisons, qui s'ouvrent avec l'arrivée des solistes. Tout se fait à l'envers et les deux amants s'embrassent puis tombent dans un long sommeil. Comme chez Disney, la musique du Chat Potté devient lugubre et les danseurs, tels des chauves-souris, pendent aux bars de danse.

Le Lac des Cygnes pose de simples questions, pourquoi un seul couple homme-cygne et pas plusieurs? Pourquoi les cygnes ne se rebelleraient-ils pas mutuellement contre Rothbart? Tout d'un coup les danseurs s'alignent derrière des tables et la figure de Rothbart devient un maître d'élève autoritaire. Auparavant il était l'adulte lugubre qui observait ses danseurs dansaient à une fête. Quatre hommes prennent place pour le pas de quatre des petits cygnes, dans un passage divertissant et ouvertement humoristique, à l'inverse du travestissement chez Matthew Bourne, qui ne se voulait pas comique.

Malandain livre les impressions basiques d'un enfant: "et pourquoi pas..." Et y mélange ses propres souvenirs, comme cette référence délicieuse au traditionnel défilé du Ballet de l'Opéra de Paris. Casse-Noisette plus que les deux autres est le plus apte des trois ballets à susciter l'imagination d'un enfant. Si le jeune danseur trouve cela ennuyant d'entourer le pas de deux final d'une foule de courtisans figés, il décide alors de les faire courir dans tous les sens autour du couple principal. Les danses de caractère, avec tout leur rythme, sont bien l'occasion pour un enfant de se lancer et d'imaginer quantité de danse.

Les danseurs de la compagnie sont toujours aussi beaux, avec une énergie musicale qui rend parfaitement la musicalité de la chorégraphie de Malandain, qui semble avoir compris tout à fait ce que le public actuel attend du néo-classicisme.

Comme dans Cendrillon, que le Théâtre des Sablons présentait également il y a quelques jours, Malandain sait dépoussiérer les ballets classiques en n'hésitant pas à couper/coller la musique. Magifique semble être un premier bilan de sa vie de danseur qui sort de la jeunesse pour s'affirmer comme chorégraphe. À partir de ce brainstorming, maintenant que toutes ses premières impressions sont écrites, il peut repartir à zéro et écrire ses chorégraphies.

Magifique de Malandain à Neuilly

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Le Lac des Cygnes, le Mariinsky à Covent Garden

2 Août 2014, 09:51am

Publié par La loge d'Aymeric

L’été, les compagnies se délocalisent. Le San Francisco Ballet à Paris par exemple. Alors que le Bolchoï se promène aux Etats-Unis, le Mariinsky (ex-Kirov pour les nostalgiques) a été invité pour trois semaines de représentations londoniennes dans la prestigieuse salle de Covent Garden. Roméo et Juliette, le Lac, Cendrillon et deux programmes mixtes plus modernes permettent de dévoiler l’étendue du répertoire de la compagnie sans se limiter aux seuls classiques. Calendrier oblige, je n’ai pu voir que deux Lac des cygnes. Le classique des classiques par la compagnie pour laquelle Petipa le créa, il faut avouer que cela a un aspect mythique, voire mythologique. La compagnie assure sa réputation : impeccable, noble et émouvante.

La censure soviétique avait interdit à Grigorovitch de finir tragiquement sa version Bolchoï dans les années 60, obligeant un dénouement heureux. De la même façon, la version de Sergueyev finit par une réunion sympathique des amants, pour une fin dans l’ensemble bien bousculée et peu en adéquation avec la partition de Tchaïkovsky, avec une sorte de duel entre Rothbart et Siegfried. Pour le reste, la chorégraphie est dans l’ensemble bien prévisible, avec peu de nouveautés, si ce n’est l’arrivée au dernier acte de quelques cygnes noirs dans le corps de ballet. Mais, alors que la version Grigorovitch du Bolchoï a été descendue par la critique américaine pour son passéisme, j’ai trouvé la version Sergueyev réellement intemporel. Certes les décors et les costumes sont « spectaculaires » au sens premier, mais avec une certaine touche de raffinement Mariinsky. (J’avoue toutefois avoir eu du mal avec les joyaux sur l’arbalète et la robe de mariée de la Reine mère.) Je regrette néanmoins l’habitude russe (et britannique ?) d’applaudir chaque variation ou pas : le rythme se retrouve totalement brisé, notamment lorsque la coda du pas de deux du deuxième acte est carrément interrompue après les fouettés, puis reprise pour Siegfried.

A force de voir les versions de Noureev des ballets classiques, j’ai l’habitude de voir des rôles masculins consistants dans les classiques. En héritier du ballet impérial toutefois, cette version du Lac laisse la part belle à la ballerine et le danseur est en retrait total. Une variation au deuxième acte et quelques pas par ci par là, mais c’est davantage un rôle de pantomime et de faire-valoir. Lors de la matinée des « petits jeunes, » Xander Parish dansait Siegfried. Cet été, les enfants sont retournés au bercail, la Française Froustey est venue à Paris avec sa compagnie américaine ; David Hallberg à New York avec le Bolchoï et maintenant, le British Parish revient à Londres avec le Mariinsky. La presse locale a donc défendu corps et âme le retour de l’enfant prodigue du Royal Ballet qui a préféré aller voir ailleurs par manque d’avancées à Londres. Si effectivement il affiche de belles lignes dans l’ensemble, sa prestation manque clairement de maturité et de conviction. Sa variation du deuxième acte semblait sortir d’un gala et sa scène de confrontation avec Rothbart n’est absolument pas vraisemblable.

Pour des rôles masculins efficaces, il fallait se tourner vers les seconds rôles, notamment celui du Bouffon (Popov et Shumakov). Un rôle certes de pitreries, mais particulièrement bien ficelés et étonnamment musical ! Lors des scènes de cour, j’attends avec impatience son arrivée. Le rôle de Rothbart (Yermakov et Zverev) n’est pas aussi développé que chez Noureev, mais lorsqu’il se met à danser dès le premier acte, on en redemande ! Homme-cygne, il est autant oiseau que ses créatures enchantées ce qui lui donne un aspect bien plus souple et lui permet de superbes jetés au dernier acte. Il meurt quand Siegfried lui ôte ses ailes, ce que je trouve bien élégant. Enfin, Stepin, en ami de Siegfried, réussit une variation enjouée avec ses deux partenaires au premier acte.

La matinée devait être une invitation à Olga Esina, la jeune star de Manuel Legris à Vienne, vue au Châtelet et au Palais des Congrès, qui a finalement laissé la place à Yulia Stepanova. Comme entrée en matière, c’est très bien. La jeune danseuse est sortie de Vaganova il y a cinq ans, et se promet à une solide position de soliste, mais, comme Parish, elle est encore un peu verte. Le rôle du cygne est un des plus exigeants du répertoire classique, et demande autant de technique que d’interprétation.

Si Stepanova réussit un cygne blanc acceptable car parfaitement académique et technique, le cygne noir n’est pas convainquant dramatiquement: je ne vois aucune évolution entre les deux personnages et à travers les actes. Les fouettés sont par exemple réussis mais pas extraordinaire. La danseuse reste attendrissante et nous sert un spectacle qui reste néanmoins dans l’ensemble très satisfaisant.

Le spectacle est notamment réussi grâce aux ensembles du Mariinsky, qui permettent d’encadrer brillamment les solistes. L’orchestre est une pure merveille. Ma place du soir m’a placé au-dessus de la fosse orchestre, et c’était un réel concert symphonique ! Alexei Repnikov n’avait pas l’air complètement emballé sur sa petite chaise, mais sa direction était éblouissante, d’un lyrisme frappant. Le corps de ballet était impeccable également, uniforme et rigoureux. J’ai parfois trouvé que l’ensemble manquait de vigueur dans les scènes de cour, mais les scènes en blanc sont de véritables joyaux ! Les danses de caractère des demi-solistes sont également particulièrement travaillées.

Tout cela pour arriver au top du top de ma journée Mariinsky : le couple Tereshkina/Shklyarov. Vu depuis l’avant-scène (comme Giselle en janvier), j’ai été totalement émerveillé par ce couple. Shlykarov réussit à donner une réelle consistance à Siegfried, tant dans ses moments les plus anodins comme le début du premier acte, que lors de sa course vers les cygnes. Son partenariat avec Tereshkina fonctionnait dès leur rencontre, tant en Odile qu’en Odette. Si son cygne à blanc est apeuré et mélancolique, Tereshkina devient soudainement cynique et sulfureuse en Odile. Lorsque je retrouve ce couple au dernier acte, j’en ai des frissons (avant cette fin peu/trop heureuse…). Une ballerine accomplie, avec un danseur noble.

Le Lac des Cygnes, le Mariinsky à Covent Garden

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San Francisco Ballet à Paris

24 Juillet 2014, 18:46pm

Publié par La loge d'Aymeric

Des 18 ballets présentés par le San Francisco Ballet à Paris cette saison, j'ai pu en voir 9 dont cinq inédits en France. Les Étés de la danse ont trouvé pour cette série le rythme idéal pour le balletomane, chaque soir offrait une programmation différente. À chacun de choisir ses soirées habilement pour voir ce qu'il ou elle souhaite.

Mes trois soirées ont toutes commencé de la même façon, avec des œuvres qui nous montraient l'excellence technique de la compagnie dans des chorégraphies trop peu dynamiques ou trop académiques. Peu de souvenirs de Classical symphony à vrai dire, à part un bel ennui chorégraphique, sur une partition difficile de Prokofiev que l'orchestre Prométhée n'a pas su rendre. De vagues images me restent de The Fifth Season avec ses combinaisons à la Forsythe et sa musique assommante de Jenkins. Le tango de Froustey et ses trois partenaires (Delvison-Oliveira, Karapetyan et Smith) restent l'un des moments les plus intéressants d'une oeuvre peu consistante. Ce qui m'a le plus frustré dans ces deux pièces et qu'elles ont été réglées respectivement en 2010 par Possokhov, et en 2006 par Tomasson: pourtant rien d'innovant dans leur écriture, juste une démonstration de la troupe.

Après tout, en introduction, pourquoi pas. On y admire les pointes, les développés, les bonds énergisants et le spectacle à l'américaine qui ne fait que commencer. Toujours en introduction, j'ai pu apprécier Allegro Brillante de Balanchine. Pas une de ses chorégraphies les plus dynamiques mais qui a correctement vieilli depuis 1956, avec les leitmotive de Balanchine. Il considérait lui même que c'était le bilan de tout ce qu'il connaissait de la danse classique. J'y vois donc Mathilde Froustey (de retour dans la capitale) dans un répertoire qui me rappelle Sérénade il y a quelques saisons. Des restes de Mariinsky et Petipa chez Balanchine car je vois du Aurore et de la Rose chez Froustey alors qu'elle tient en arabesque sur le devant de la scène...

Dans les Balanchine, il y a plus réussi, avec le superbe Quatre Tempéraments. J'avais peu d'images en tête de la prestation du Miami City Ballet et me souvenais très peu de ce ballet. Il faut quelque temps et de l'énergie pour se plonger dans Hindemith mais une fois la barrière de Prométhée passée, la chorégraphie est hypnotisante. Le clou de la soirée est la française Sofiane Sylve en Colérique, une élégance à la française combiné d'une mouvance à l'américaine qui fait d'elle une artiste particulièrement complète et présente sur scène.

Dans l'idée des tempéraments, Solo de Hans van Manen nous montre une personnalité déclinée en trois danseurs identiques. Seul un sous-pull les différencie discrètement. Trois humeurs s'affichent sur du Bach, le jeu est réussi. Je commence à bien aimer ce chorégraphe dont j'aimerais bien voir des pièces plus consistantes. Tout y parait bien simple alors que c'est une pièce un peu technique.

Pour revenir à cette école new-yorkaise que j'adore et dont le San Francisco Ballet est un des fleurons, j'ai revu avec un immense plaisir In The Night de Robbins, si différent de quand je l'avais vu à Covent Garden. Si j'imagine Dances at a Gathering avec le ballet de l'Opéra au bord de la Seine, je vois ce ballet sur une élégante terrasse d'une maison patriarcale de Newport. À l'inverse de ses rôles habituelles, Froustey danse la jeune femme de bonne famille qui est effrayée et se sent stressée de danser avec son cavalier et amoureux, le jeune Ruben Martin Cintas. Le troisième couple, le plus mature, où les personnalités sont les plus passionnées et indépendantes, m'a laissé plus froid. Les danseurs (Lorena Feijoo et Damian Smith) étaient techniquement impeccables mais peut être trop jeunes et leur chorégraphie est la plus marquée des trois couples. Mon couple préféré est le deuxième, le plus touchant, avec une Sofiane Sylve décidément intéressante et un Tiit Helimets attentionné en hussard. Quelque chose d'Onéguine là dedans, du pas de Grémine et Tatiana.

Ce que j'ai bien apprécié de cette tournée est de pouvoir enfin voir des oeuvres de ces chorégraphes dont la presse anglo-saxonne raffole mais que la France connait peu: Wheeldon, Scarlett et Ratmansky.

Après Illusions Perdues et Psyché, c'était se faire torture de retourner volontairement voir un Ratmansky, mais la critique avait encensé sa Chostakovitch Trilogy lors de la création au printemps 2013. Seule erreur du San Francisco Ballet, ne pas proposer de soirée avec l'intégralité de la trilogie. Je ne sais donc pas s'il y a une continuité dans les œuvres qui aurait pu m'aider à comprendre, voire apprécier. Piano Concerto m'a donc donné l'impression d'un feu d'artifice de province, beaucoup d'énergie, beaucoup de choses, rien d'innovant, du spectacle à l'américain et du franchement tape à l'œil. Les costumes bicolores du corps de ballet jurent avec ceux des solistes, les éléments de décor un peu Alice au pays des merveilles disparaissent étrangement deux minutes avant la fin du ballet. Quelques bonnes idées par ci par là dans des attitudes ou des mouvements de corps, mais surtout beaucoup de spectaculaire pour épater le public. De nouveau, oui, les danseurs sont effectivement épatants d'énergie et d'investissement.

L'intérêt est tout autre avec Wheeldon et son Within the golden hour, un peu longuet mais dynamique, avec différents thèmes, une musique aux rythmes variées, tantôt arabisante, tantôt plus classique. Les coupures entrent les parties cassent néanmoins légèrement le rythme global de la pièce. Deux solides danseurs énergiques arrivent pour vivifier l'ensemble (deux au choix entre Damian Smith, Luke Ingham et Vitor Luiz). Un esprit Les Nuits de Preljocaj, mais en vraiment réussi. Le chorégraphe est plein d'idées innovantes et le public du Châtelet le retrouvera dans An American in Paris en fin d'année.

La palme de la série revient directement au Hummingbird de Liam Scarlett. Il faut dire qu'une musique bien choisie est déjà un grand avantage et ce n'est pas aisé de trouver une partition que l'orchestre Prométhée sait tenir. Retour au même Philip Glass qui entourait déjà le NDT, Tirol Concerto. Une ambiance très grise, comme une sorte de Dances at Métropolis, dans les bas fonds. Les corps de ballet se succèdent avec énergie et élégance laissant trois couples se détacher dans des solos qui réussissent à être aussi émouvants qu'acrobatiques. Peut-être une histoire se cache-t-elle dans les regards des danseuses. Les corps roulent du fond de la scène, les couples se libèrent.

La programmation a été particulièrement variée pour ce festival, et si certaines pièces m'ont laissé plus froid, elles ont toutes été l'occasion de découvrir une troupe incroyable, énergique et jeune. Leur technique est rodée et éclatante. Les danseurs, d’abord uniformes finissent par dégager chacun une forte personnalité. Bonne humeur globale et dans la salle et sur la scène pour une série mémorable des étés de la danse.

San Francisco Ballet à Paris

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Nederlands Dans Theater à Chaillot

22 Juin 2014, 11:56am

Publié par Aymeric

Je connais peu de chorégraphes aussi hypnotisant que Kylian. Son sens de l'esthétique, de la musique et du mouvement en font une figure incontournable de la scène moderne.

Le programme que le NDT 1 présente à Chaillot commence par la dernière pièce que le chorégraphe tchèque a créée avant de quitter la direction du ballet, Mémoires d'Oubliettes. J'y retrouve surtout cette opposition ombre/lumière, entre les terreurs des donjons enfouis, les phobies et, quelque part dans les mouvements, une envie de s'échapper, de se libérer.

Kylian se révèle maitre du mouvement, capable de soutenir l'instant, entre ces duos expressifs, ses solos angoissants, et cette femme qui devient folle sous son averse de canettes. Au début, de l’ennui, puis une certaine oppression de ces personnages enfermés dans le Tartare, qui perdent peu à peu le désir de se libérer ou d’exister.

Les trois pièces présentées tournent autour de l'idée de l'évasion d'un enfermement réel ou imagé, sans pour autant tomber dans le cliché de l’oppression sociale.

La troisième pièce, Shoot the Moon, est celle qui laisse le spectateur le moins perplexe en proposant d’emblée des repaires fixes. Plus littérale, elle n'en est pas moins prenante. Sol León et Paul Lightfoot, le couple à la tête de la compagnie, ont peut-être opté pour la facilite en choisissant la musique de Glass (le deuxième mouvement du Tirol Concerto pour piano et orchestre) mais celle-ci est diablement efficace. Deux femmes, trois hommes, dans une ambiance à la Katia Kabanova: tout le monde a peur de tromper l'autre, tout le monde s'ennuie dans la routine des appartements.

Les danseurs y sont beaux, expressifs, humains et touchants. Le programme distribuée indique que les néerlandais sont un peu blasés de la compagnie, mais ici à Chaillot ils détonnent et créent l'effervescence dans ce morceau qui n'est pas sans rappeler Ek, une légère dose de désespoir en plus. Le plus impressionnant est sans doute Jorge Nozal dans son solo de désespoir entre ses deux murs, qui a failli me faire pleurer avec une idée très Jeune Homme et la mort.

Entre les deux, Cristal Pite nous livre Solo Echo, une pièce que je verrais bien comme un Dances at a Gathering, sous la neige et le froid (le spectacle de la veille m’était resté en tête). La partie de campagne en est gâchée, mais on tente quand même de s'amuser. Beaucoup de nostalgie, de corps qui s'étirent et de couples qui se tirent (facile). Une musique de Brahms rappelle le contexte nordique, et cette neige qui tombe dans le fond donne des airs de forêt de Casse-Noisette, sans la magie et avec mélancolie. 

Rien de tout à fait marquant dans cette pièce, mais de nouveau une grande sensibilité et technique de la part de ces superbes danseurs, indéniablement cadrés par des maîtres de ballet et chorégraphes dynamiques et ingénieux.

Nederlands Dans Theater à Chaillot

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Défilé, Robbins, Ratmansky

21 Juin 2014, 21:07pm

Publié par Aymeric

Avant même les deux œuvres du programme, le public était réuni à Garnier pour le mythique défilé du Ballet de l’Opéra de Paris. D’autant plus mythique que c’était le dernier de Nicolas Le Riche en tant que danseur étoile. La plus jeune élève de Nanterre s’avance, entrainant avec elles ses camarades. Les danseuses du corps de ballet suivent, encadrant les premières danseuses et les étoiles en ordre inverse de nomination. Deux belles ovations pour ouvrir et fermer les étoiles femmes : Amandine Albisson et Aurélie Dupont. Si l’absence de Myriam Ould Braham se fait sentir, tout comme celles des jeunes ‘retraitées’ Letestu et Ciaravola, c’est avec plaisir que je retrouve Dorothée Gilbert sur scène.

Les hommes ensuite, avec un cri de joie personnel pour Mathieu Ganio, une ovation remarquée pour le trio Alu-Bézard-Raveau, et enfin pour Le Riche qui arrive en courant au devant de son public. Dès le rideau tombé, j’entends qu’il reçoit une ovation particulière de l’ensemble de la troupe et de l’École.

Après ce moment de frisson sous la musique de Berlioz, avec un public certes un peu froid, passons maintenant aux deux œuvres présentées. Pour être tout à fait honnête, je ne m’attendais pas à grand-chose. Si Dances at a gathering est un pur produit Robbins, il m’avait paru bien long lors de la dernière reprise. Quant à Psyché, il ne m’avait absolument pas convaincu du talent de Ratmansky, enlaidi par ses costumes et ses décors.

Finalement, les images de Dances me sont restées en tête depuis trois ans et les musiques de Chopin m’entrainaient directement vers ces souvenirs de variations. Et cette fois-ci, le temps ne m’a pas du tout semblé long. En suivant de près chaque mouvement, j’ai trouvé que chacun réussissait à transmettre une histoire.

Mathieu Ganio s’est de nouveau affirmé en danseur marron, il mène l’ensemble de la troupe et commence à s'afficher comme leader. Toujours autant d’expression, de belles lignes et d’amusement. L’autre figure de soliste est Aurélie Dupont. De Rose, elle passe maintenant à Vert, rôle marqué par les élégantes Grinsztajn et Letestu. Pas tout à fait son type de rôle, mais à une année du départ, elle essaie de nouvelles choses, plutôt entrainantes. Et si sa gestuelle n’est pas aussi altier, elle transmet une sorte de légèreté doublée d’autorité qui n’est pas désagréable.

Les trios féminins, constitués successivement de Pagliero (rose), Albisson (mauve), Giezendanner (bleu) et Daniel (jaune), sont charmants et malicieux. Mon coup de coeur va vers les deux premières, particulièrement piquantes avec Mathieu Ganio et Karl Paquette. Une impression d'innocene doublée d'une volonté espiègle avant de sombrer dans une forme de mélancolie. Daniel apporte la dose de légéreté nécessaire à l'ensemble.

Les hommes, Hoffalt (vert), Paquette (violet), Duquenne (bleu) et Thibault (rouge brique), continuent dans cet esprit là. Les images restent en tête : la ronde de Paquette et Ganio, le partenariat efficace d’Albisson et Hoffalt, l'espièglerie de l'ensemble. Thibault joue au solitaire, une sorte de contrepoids à Dupont.

Derrière la succession de morceaux de Chopin et d’épisodes dansés, une histoire commence à prendre forme grâce aux petites gestuelles de chacun. Cette histoire reste peut-être différentes pour tous, mais il me semble que la troupe a compris comment danser le mieux possible cette œuvre : y donner corps avec une dose de bonne humeur, d’énergie et, avant tout, de nostalgie. 

Après cette surprise en est venue une deuxième avec Psyché. J’ai enfin réussi à y voir une jolie chorégraphie. Il y a encore beaucoup de choses à enlever ou alléger cependant : les costumes des Zéphyrs, des femmes-fleurs, les décors grossiers et surtout ce final qui ruine tous les efforts avec les confettis, les cœurs et Psyché enceinte. Outre ceci, l’histoire se suit facilement, aidée en partie par le chœur et la musique. L’ensemble n’est d’ailleurs pas sans rappeler Daphnis et Chloé.

Laetitia Pujol est une Psyché fragile, intriguée et passionnée. Cette danseuse me plait décidément, après un Fall River de haut niveau. Du haut de ma loge, elle me parait aussi jeune que son Eros. Son expressivité donne enfin quelques reliefs à un personnage aisément fade. Ses pointes et arabesques combinées aux belles lignes de Marc Moreau nous font voir deux jolis pas de deux.

Moreau réussit brillamment sa prise de rôle, attentionné à travers toute l’œuvre, peut-être un peu stressé. Endosser un rôle de soliste lors d’une première, ce n’est pas évident pour un Sujet. De son entrée à la découverte de son cœur qui bat, il réussit à être tout à fait expressif. Une jeunesse d’Eros, une fougue qui se découvre avec l’amour, une appréhension quand Psyché disparait, une première opposition à sa mère : Moreau nous fait croire à ce mythe d’un enfant qui devient adulte.

Le reste des danseurs semble avoir compris ce qu’on attendait d’eux, c'est-à-dire peu de réflexions et beaucoup de démonstration. Ainsi Renavand s’en sort très bien en Vénus, majestueuse et hautaine ; les membres du corps font un très bon travail dans les ensembles, comme dans la scène d’ouverture.

Donc finalement, pourquoi pas y retourner, comme le 7 juillet, avec Diana Vishneva et Evan McKie ?

Défilé, Robbins, Ratmansky

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Béjart Ballet Lausanne à Versailles

18 Juin 2014, 12:04pm

Publié par La loge d'Aymeric

Bejart aimait voir les choses en grand. Vivant il réussissait à remplir le palais des sports; mort, sa compagnie célèbre ses 25 ans dans un Palais des Congrès plein à craquer. Nouvelle réussite cette saison, avec un programme fort et pertinent devant l'Orangerie du Château de Versailles.

Programme dans l'ensemble pertinent et logique, si ce n'était pour cette Dame aux Camélias qui tombe comme un cheveu sur la soupe entre les trois autres œuvres. Première fois que je vois une pièce de Béjart qui ne soit pas dans le très spectaculaire, mais l'endroit n'est pas adapté à cette pièce plutôt intimiste. Elisabet Ros y est certes tres belle comme souvent, mais la chorégraphie est un peu plate. Après les différentes Dames de Neumeier en début d'année à Garnier, j'ai eu du mal à m’intéresser à cet étrange morceau sur Chopin et Francesco Cilea qui manque diablement de lyrisme.

La soirée s'ouvrait sous un vent fort, dans le thème de la première pièce: 7 danses grecques. C'est une parfaite introduction à l'écriture Béjart-ienne. Sur une musique folklorique grecque, les danseurs se succèdent, formant les positions géométriques chères au chorégraphe: des ronds centrés sur un danseur, des carrés. Quelques pas folkloriques, des pointes mais pas trop, des jetés, beaucoup de spectaculaire avec notamment Oscar Chacon qui mène la troupe dans ses danses bacchanales. Chaque danse succède à l’autre avec une thématique et une structure différentes qui rendent l’ensemble intrigant et stimulant.

De Bakhti III, le balletomane averti connait la variation de Vishna pour l'avoir vu une bonne quinzaine de fois en concours de promotion, mais, comme Arepo, peu ont réellement vu l’œuvre en entier. La pièce est une sorte de Mystère hindou: une déesse, son dieu et des divinités mineures ou adorateurs qui dansent un épisode. Marsha Rodriguez y est élégante en pointes, entourée par un corps d'hommes puissants. Une pièce plutôt courte mais entrainante et éclectique.

La soirée finit avec the piece: le Boléro, qui trouve ici un emplacement de choix, après la place du Trocadéro dans le film de Lelouch. Elisabet Ros devait assumer une des dates, mais c'est finalement Julien Favreau qui danse les deux représentations. Il y est tellement captivant que je l'ai fixé pendant les 20 mn de la pièce, sans jamais pouvoir m’en détacher. J'adore la musicalité de cette pièce, avec ce pied qui bat le rythme en permanence, avec les quelques écarts que le danseur s'octroie sur le rythme continu de Ravel. Lorsque je l'avais vu avec Ros, elle exerçait une forte attraction sexuelle sur les hommes autour d'elle, une liane, un piège pour les attirer à elle. Ici, c'est un peu l'opposé, Favreau pousse les quarante danseurs sexuellement vers l’extérieur. Pas de sensualité, mais de la violence, avec une légère touche d’appréhension dans le regard.

La lumière s'allume au bout de quelques minutes, avec des lampes partout dans le jardin de l'Orangerie, on se croit en plein jour alors que la tension continue de monter pour s'abattre dans un dernier mouvement apocalyptique.

Le Béjart Ballet est une des seules compagnies à s'en sortir très bien malgré la disparition de la figure titulaire. Alors que la Forsythe Company et le Wuppertal de Pina Bausch semblent en péril, le sourire de Favreau, l'énergie des danseurs et la joie de Gil Roman aux saluts sont un gage d'avenir pour les chorégraphies de Maurice Béjart.

Béjart Ballet Lausanne à Versailles

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Balanchine/Millepied, 2ème tour

25 Mai 2014, 07:46am

Publié par Aymeric

Deuxième service de ce programme, pas le plus brillant mais de jolies choses à retenir.

Si le Balanchine de la première m'avait enchanté, je n'ai pas retrouvé de piquant et d'énergie dans cette distribution. Sorte d'allégorie de la hiérarchie du Ballet (corps de ballet, demi-solistes et solistes), je me perdais un peu à repérer les différents grades. J'aime toujours autant la chorégraphie, d'un académisme certes rigide, mais qui se laisse apprécier joliment.

Le mouvement rubis semblait peiner à ouvrir la pièce, malgré le sourire de Nolwenn Daniel et la bonne volonté d'Hoffalt. Les demi-solistes s'en sont plutôt mieux sortis, notamment le couple Hecquet/Lorieux. Le couple bleu, sauveur des séries de ballets à Bastille, nous offre un joli mouvement très Mort du Cygne plutôt fin, mais Pagliero ne réussit pas à nous hypnotiser autant que Gillot, malgré une technique toujours très propre dans la petite batterie. Paquette semble osciller entre absence scénique et retour inopiné. Dans le dernier mouvement, Thibault m'a semblé moins fatigué qu'à la première, et son arrivée avec Colasante montre un joli lien entre les générations, au milieu de demi-solistes en forme.

Le mouvement émeraude est sans doute le plus réussi et le plus équilibré. Il semblerait qu'on ait dit à Alice Renavand que danser du Balanchine, c'était danser à l'américaine, et donc sourire Colgate obligatoire. Elle est la seule à m'offrir un peu de cet entrain si nécessaire au chorégraphe. Bézard semble ravi d'être là mais est un peu en peine. Il danse seul une diagonale qui ne prend pas, trop en décalage sur la musique. Sinon le partenariat s'avère efficace et jeune dans l'ensemble. Les demi-solistes sont toniques, avec une jolie distribution: Bittencourt/Bourdon, Westermann/Révillion.

Lorsque tous se retrouvent sur scène, je ressens un instant le piquant initial, puis non, il manquait ce jour là un élan général. Au moins, la musique ne m'est pas sorti de la tête.

Après la distrib quatre étoiles + Alu de la première, une distribution plus jeune ici. Marc Moreau , que j'avais vu répéter avec Millepied, a donc finalement eu droit à une date, mais sans Léonore Baulac. Finalement Albisson m'a semblé avoir un petit aspect Dupont, autant dans sa technique que dans son expression. Le couple est jeune et plus réaliste dans le genre pastoral avec une jolie tendresse juvénilee. Un certain moelleux dans ses bras à elle, une assurance naïve chez lui et surtout, comme pour tous, une grande joie d'être sur scène.

J'ai beaucoup aimé le pas de Léonore Baulac et Allister Madin, entre diabolisme et lyrisme. Je n'avais pas vu Madin depuis longtemps et suis content de le retrouver bien en forme et violent. Quant à elle, on croirait une sirène de l'Odyssée, jolie, innocente, mais finalement bien perverse (comme dans Camélias d'ailleurs).

Révillion a la malchance de mal finir son manège alors qu'il a réalisé une très bonne variation, bien différente d'Alu, moins de spectacle, plus terrienne et plus mature. Le public reste très réceptif.

Dans les deux spectacles, le corps de ballet s'est investi à fond. S'il sert un peu de potiche (mais nécessaire) dans Balanchine, son investissement est plus remarquable chez Millepied. J'ai retrouvé beaucoup de têtes de la première, ils semblaient bien impliqués et dédiés, notamment pour les filles dans ce joli passage où Daphnis gît à terre.

La partition de Ravel nécessite une deuxième écoute pour être pleinement appréciée, pari réussi, surtout une fois que j'ai fait abstraction des ornements de Buren. Jordan dirige l'ensemble orchestre-danseurs-choeur avec une main de maitre.

Balanchine/Millepied, 2ème tour

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Balanchine/Millepied

10 Mai 2014, 11:50am

Publié par Aymeric

Première de rêve pour ce programme américanisé, avec huit étoiles présentes sur scène et plusieurs anciens et nouveaux talents que le public de Bastille a découverts, émerveillé. Une soirée waouh-c'est-trop-bien.

Les deux ballets vivent en symbiose, le premier nous donne la pêche et l'énergie nécessaire pour apprécier le deuxième. Les apprentissages de Balanchine se retrouvent, modernisés chez Millepied. Les influences extérieures se sentent, quelque soit le côté de l'Atlantique.

Le palais de Cristal est la seule chorégraphie que Balanchine a créée l'Opéra. Il l'a ensuite reprise (et simplifiée comme nous l'apprennent les Balletonautes) sous le nom de la partition de Ravel, Symphony in C, pour le New York City Ballet (qui le dansait d'ailleurs en même temps au Lincoln Center). La musique est électrique, rythmée puis plus délicate sans perdre de sa force. Les nouveaux costumes de Lacroix brillent sans doute moins que la Source mais rendent hommage à la tradition. Seul petit hic, les solistes et le corps du ballet du premier mouvement, les couleurs jurent un peu.

Quatre mouvements dont trois allegro, quatre couleurs, quatre styles. N'ayant jamais vu Joyaux en live, je ne permettrais pas de dangereux parallèle mais j'ai quand meme bien senti  la même alternance de styles de danse, tantôt plus russe (comme cette entrée Lac des Cygnes au deuxième mouvement), tantôt plus raffiné français ou plus américain.

De retour sur scène, Mathieu Ganio met déjà la barre très haute avec Amandine Albisson qui remplaçait Laetitia Pujol. Le rythme effréné du premier mouvement ne laisse pas de place à l'erreur. J'ai trouvé les demi solistes un peu en retrait, mais l'ensemble campait une superbe entrée en matière. Deux danseurs nobles aux lignes fines et élégantes.

S'ensuit un autre retour, celui de Gillot, qui se retrouve bien occupée avec son Orphée à Garnier. C'était la première fois que je la voyais sur pointe et il faut avouer qu'il y a quelque chose de particulier et de magnifique dans sa façon de danser du néo. Le partenariat avec Paquette, s'il n'est pas brillant, offre un joli rendu avec une certaine finesse.

Retour à l'allegro avec le vert de Pagliero et Thibault, qui remplaçait Mathias Heymann malheureusement retiré des distributions. Si j'étais bien content de le revoir, Thibault semblait un peu fatigué dans l'ensemble (un remplacement au pied levé peut-être?) alors que Pagliero nous a fait partager de jolis moments de technique assurée comme elle sait si bien le faire. C'est le mouvement pour lequel j'ai le plus profité des demi solistes, le quatuor Westermann-Bourdon-Révillion-Bittencourt étant très en forme.

Enfin le quatrième mouvement rassemble tout le monde sous le lead de Raveau et Nolwenn Daniel, mignons mais un peu dragée dans leur costumes roses. Raveau est vraiment un des meilleurs danseurs de sa génération et il continue à m'époustoufler, même à coté de ses ainés.

Après l'entracte, la nouvelle création de Benjamin Millepied, une sorte de première rencontre entre le futur directeur et la troupe. On sentait une certaine excitation générale depuis le début des répétitions et la première a été accueillie par des ovations. Millepied nous avait parlé de son ballet lors d'une rencontre publique et je voyais donc la réunion de ses travaux avec ceux de Buren et Jordan. Je passe outre l'histoire un peu incompréhensible des amours du berger et de la nymphe.

La musique nécessite à mon avis une première écoute avant de la découvrir en même temps que le ballet. Elle est onirique et céleste, à mille lieux du divertissement féérique, une musique réellement sérieuse pour de la danse. Quant à Buren, l'idée n'était pas mauvaise, faisant s'alterner en l'air les formes géométriques et colorées qui doivent venir des restes de Monumenta et s'alternent avec les éternelles bandes noirs et blanches. Mais il y a presque trop de mouvements et j'ai été un peu trop dérangé par ces va et vient pas toujours justifiés. Les danseurs reprendront dans le dernier mouvement les différentes couleurs de Buren pour un résultat chamarré plutôt réussi.

Pour arriver à la chorégraphie, je sens que Millepied a créé selon le danseur. Ainsi le moment le plus fort de ce ballet est la variation d'Alu, indéniablement brillante. Je ne pense pas avoir déjà vu une telle danse à l'Opéra. Virtuose, enflammée, tenant sur la longueur sans jamais fatiguer. Jamais vu une telle ovation à la suite d'une variation.

Léonore Baulac a également eu droit à quelque instants privilégiés, dont un instant seule sur scène avant d'entrainer ses compagnons. Je regrette que le couple de seconds rôles n'ait pas une chorégraphie plus importante. Abbagnato et Carbone étaient à leur habitude très bons, surtout dans des rôles de séducteurs experimentés, mais j'aurais bien aimé les voir un peu plus sur scène.

Quant aux rôles principaux, le couple Moreau-Dupont a été élégant et passionné comme à son habitude. Ils ont su s'approprier la chorégraphie plutôt technique et pas toujours très facile. Les bras se croisent et se décroisent en tournant, les corps volent et les jambes s'entrelacent.

Balanchine/Millepied

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TranscenDanse: présentation

5 Mai 2014, 08:15am

Publié par Aymeric

Je me suis rendu à la présentation de la nouvelle saison danse du Théâtre des Champs. Ces cinq spectacles sont regroupés dans le festival Transcendanse, une production Sarfati. Les différents acteurs de ce nouveau festival étaient présents pour nous en parler.

Michel Franck, le directeur du théâtre, commence par nous parler du centenaire célébré la saison dernière et de la volonté de son fondateur, Gabriel Astruc, de faire du TCE un théâtre multimodale. La danse y a eu dès 1913 une place importante avec le scandale du Sacre.

 

Le Ballet national de Norvège (22-23-24 septembre)

Ingrid Lorentzen, entousiaste, prend la suite pour nous parler de la compagnie qu’elle dirige. Cette jeune compagnie réside à l’Oslo Opera House, une superbe salle toute récente qui leur permet d’écrire leur histoire. La compagnie, plutôt cosmopolite, est constituée de 59 danseurs, de 20 nationalités différentes. Sa directrice prend comme un honneur et un privilège d’être invitée dans ce prestigieux théâtre plein d’histoire.

Concernant Kylian, la compagnie possède 17 ballets du chorégraphe à son répertoire. Lorentzen nous parle de lui comme « un des poètes de la danse de notre époque. » Leur partenariat avait commencé dans les années 70 et c’est en 1999 que la compagnie présentait une soirée entière de ses chorégraphies. La directrice prend donc cette opportunité pour renouveler le lien qui existe avec eux. Les pièces présentées seront le mythique Bella Figura, Symphonie de Psaumes et (pour la première fois en France) Gods and Dogs.

 

Carte blance à Nicolas Le Riche (4-5 novembre)

Nicolas Le Riche, plus solennel, nous parle de sa soirée et de son plaisir de revenir sur cette scène où il a visiblement fait ses premiers pas quand il était à l’École de danse. C’est également pour lui un lien avec Roland Petit et de l’histoire de la danse en général. Il exprime son désir de partager une danse sincère, authentique et variée. Le programme est en écho à la tournée actuelle (que j’ai pu voir ici à Amiens). « Ce n’est pas le même programme, voire pas du tout même. Oui ce n’est pas le même. » En plus d’Annonciation, de Critical Mass et d’Odyssée, Nicolas Le Riche dansera Suite of Dances de Robbins et la compagnie de Hervé Diasnas présentera Aires Migratoires. Il sera de nouveau accompagné de Clairemarie Osta, Eleonora Abbagnato et Russell Maliphant

 

Compagnie nationale de danse d'Espagne (27-28-29 janvier)

Ensuite, José Martinez, directeur depuis deux ans de la Compagnie nationale de Danse d’Espagne, vient présenter trois pièces (Sub de Itzik Galili, Extremely Close de Alejandro Cerrudo et Casi Casa de Mats Ek). Sur la vidéo de présentation, les extraits de Casi Casa sont ceux d’Appartement : la cuisine, la télévision. Apparemment Ek aurait mélangé plusieurs inspirations. A découvrir donc, déjà pour la musique de Fleshquartet. Quand Ek et Laguna sont venus à Madrid, il y a apparemment eu deux jours de fête ensuite.

Martinez nous parle d’un plaisir d’être de retour à Paris, c’est un nouveau défi pour la compagnie après 35 ans d’existence. Après son arrivée, la moitié des 45 danseurs est restée, il a donc fallu trouver une nouvelle homogénéité. En Espagne, seule la CND est apte à accueillir des chorégraphes en résidence, c’est donc pour son directeur un moyen de soutenir la danse espagnole.

 

Eifman Ballet Théâtre (9-10-11 février)

Boris Eifman étant retenu à Moscou, c’est Lily Sarfati, une productrice qui travaille avec lui depuis 25 ans, qui nous glisse quelques mots sur la future création, Up and Down. Finalement elle n’en sait malheureusement pas grand-chose, elle allait voir les répétitions la semaine suivante. La chorégraphie sera inspirée du roman de Fitzgerald Tender is the Night, avec une ambiance des années 30, Schubert, Gershwin, Berg pour la musique.

 

Russel Maliphant Company (19-20 mai)

La rencontre finit avec Russel Maliphant, so british. Si Still Current est le dernier duo du spectacle, c’est aussi le nom de cette soirée de cinq œuvres. Il travaillera de nouveau avec Michael Hulls pour les lumières et le design. Il souhaite chorégraphier l’espace pour que la lumière puisse s’installer. Il recherche une animation de la lumière, des changements de source : la lumière doit être programmée comme un DVD. Les influences viendront de la street dance, du popping.

TranscenDanse: présentation

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