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La Loge d'Aymeric

San Francisco Ballet à Paris

24 Juillet 2014, 18:46pm

Publié par La loge d'Aymeric

Des 18 ballets présentés par le San Francisco Ballet à Paris cette saison, j'ai pu en voir 9 dont cinq inédits en France. Les Étés de la danse ont trouvé pour cette série le rythme idéal pour le balletomane, chaque soir offrait une programmation différente. À chacun de choisir ses soirées habilement pour voir ce qu'il ou elle souhaite.

Mes trois soirées ont toutes commencé de la même façon, avec des œuvres qui nous montraient l'excellence technique de la compagnie dans des chorégraphies trop peu dynamiques ou trop académiques. Peu de souvenirs de Classical symphony à vrai dire, à part un bel ennui chorégraphique, sur une partition difficile de Prokofiev que l'orchestre Prométhée n'a pas su rendre. De vagues images me restent de The Fifth Season avec ses combinaisons à la Forsythe et sa musique assommante de Jenkins. Le tango de Froustey et ses trois partenaires (Delvison-Oliveira, Karapetyan et Smith) restent l'un des moments les plus intéressants d'une oeuvre peu consistante. Ce qui m'a le plus frustré dans ces deux pièces et qu'elles ont été réglées respectivement en 2010 par Possokhov, et en 2006 par Tomasson: pourtant rien d'innovant dans leur écriture, juste une démonstration de la troupe.

Après tout, en introduction, pourquoi pas. On y admire les pointes, les développés, les bonds énergisants et le spectacle à l'américaine qui ne fait que commencer. Toujours en introduction, j'ai pu apprécier Allegro Brillante de Balanchine. Pas une de ses chorégraphies les plus dynamiques mais qui a correctement vieilli depuis 1956, avec les leitmotive de Balanchine. Il considérait lui même que c'était le bilan de tout ce qu'il connaissait de la danse classique. J'y vois donc Mathilde Froustey (de retour dans la capitale) dans un répertoire qui me rappelle Sérénade il y a quelques saisons. Des restes de Mariinsky et Petipa chez Balanchine car je vois du Aurore et de la Rose chez Froustey alors qu'elle tient en arabesque sur le devant de la scène...

Dans les Balanchine, il y a plus réussi, avec le superbe Quatre Tempéraments. J'avais peu d'images en tête de la prestation du Miami City Ballet et me souvenais très peu de ce ballet. Il faut quelque temps et de l'énergie pour se plonger dans Hindemith mais une fois la barrière de Prométhée passée, la chorégraphie est hypnotisante. Le clou de la soirée est la française Sofiane Sylve en Colérique, une élégance à la française combiné d'une mouvance à l'américaine qui fait d'elle une artiste particulièrement complète et présente sur scène.

Dans l'idée des tempéraments, Solo de Hans van Manen nous montre une personnalité déclinée en trois danseurs identiques. Seul un sous-pull les différencie discrètement. Trois humeurs s'affichent sur du Bach, le jeu est réussi. Je commence à bien aimer ce chorégraphe dont j'aimerais bien voir des pièces plus consistantes. Tout y parait bien simple alors que c'est une pièce un peu technique.

Pour revenir à cette école new-yorkaise que j'adore et dont le San Francisco Ballet est un des fleurons, j'ai revu avec un immense plaisir In The Night de Robbins, si différent de quand je l'avais vu à Covent Garden. Si j'imagine Dances at a Gathering avec le ballet de l'Opéra au bord de la Seine, je vois ce ballet sur une élégante terrasse d'une maison patriarcale de Newport. À l'inverse de ses rôles habituelles, Froustey danse la jeune femme de bonne famille qui est effrayée et se sent stressée de danser avec son cavalier et amoureux, le jeune Ruben Martin Cintas. Le troisième couple, le plus mature, où les personnalités sont les plus passionnées et indépendantes, m'a laissé plus froid. Les danseurs (Lorena Feijoo et Damian Smith) étaient techniquement impeccables mais peut être trop jeunes et leur chorégraphie est la plus marquée des trois couples. Mon couple préféré est le deuxième, le plus touchant, avec une Sofiane Sylve décidément intéressante et un Tiit Helimets attentionné en hussard. Quelque chose d'Onéguine là dedans, du pas de Grémine et Tatiana.

Ce que j'ai bien apprécié de cette tournée est de pouvoir enfin voir des oeuvres de ces chorégraphes dont la presse anglo-saxonne raffole mais que la France connait peu: Wheeldon, Scarlett et Ratmansky.

Après Illusions Perdues et Psyché, c'était se faire torture de retourner volontairement voir un Ratmansky, mais la critique avait encensé sa Chostakovitch Trilogy lors de la création au printemps 2013. Seule erreur du San Francisco Ballet, ne pas proposer de soirée avec l'intégralité de la trilogie. Je ne sais donc pas s'il y a une continuité dans les œuvres qui aurait pu m'aider à comprendre, voire apprécier. Piano Concerto m'a donc donné l'impression d'un feu d'artifice de province, beaucoup d'énergie, beaucoup de choses, rien d'innovant, du spectacle à l'américain et du franchement tape à l'œil. Les costumes bicolores du corps de ballet jurent avec ceux des solistes, les éléments de décor un peu Alice au pays des merveilles disparaissent étrangement deux minutes avant la fin du ballet. Quelques bonnes idées par ci par là dans des attitudes ou des mouvements de corps, mais surtout beaucoup de spectaculaire pour épater le public. De nouveau, oui, les danseurs sont effectivement épatants d'énergie et d'investissement.

L'intérêt est tout autre avec Wheeldon et son Within the golden hour, un peu longuet mais dynamique, avec différents thèmes, une musique aux rythmes variées, tantôt arabisante, tantôt plus classique. Les coupures entrent les parties cassent néanmoins légèrement le rythme global de la pièce. Deux solides danseurs énergiques arrivent pour vivifier l'ensemble (deux au choix entre Damian Smith, Luke Ingham et Vitor Luiz). Un esprit Les Nuits de Preljocaj, mais en vraiment réussi. Le chorégraphe est plein d'idées innovantes et le public du Châtelet le retrouvera dans An American in Paris en fin d'année.

La palme de la série revient directement au Hummingbird de Liam Scarlett. Il faut dire qu'une musique bien choisie est déjà un grand avantage et ce n'est pas aisé de trouver une partition que l'orchestre Prométhée sait tenir. Retour au même Philip Glass qui entourait déjà le NDT, Tirol Concerto. Une ambiance très grise, comme une sorte de Dances at Métropolis, dans les bas fonds. Les corps de ballet se succèdent avec énergie et élégance laissant trois couples se détacher dans des solos qui réussissent à être aussi émouvants qu'acrobatiques. Peut-être une histoire se cache-t-elle dans les regards des danseuses. Les corps roulent du fond de la scène, les couples se libèrent.

La programmation a été particulièrement variée pour ce festival, et si certaines pièces m'ont laissé plus froid, elles ont toutes été l'occasion de découvrir une troupe incroyable, énergique et jeune. Leur technique est rodée et éclatante. Les danseurs, d’abord uniformes finissent par dégager chacun une forte personnalité. Bonne humeur globale et dans la salle et sur la scène pour une série mémorable des étés de la danse.

San Francisco Ballet à Paris

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