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La Loge d'Aymeric

La princesse de la Lune descend à Garnier

3 Février 2013, 15:12pm

Publié par La loge d'Aymeric

Date: 2 Février 2013
Lieu: Palais Garnier

Direction musicale: Michael de Roo avec Kodo, Gagaku et ensemble de percussions invité; Kaguyahime: Agnès Letestu; Mikado: Vincent Chaillet; les prétendants: Madin, Meyzindi, Morea, Stokes, Demol  

 

J'avais découvert ce ballet en juillet 2010, Bastille vide n'était peuplé que de touristes ou de parisiens pas encore partis en vacances. Je me souviens même d'un spectateur en marcel et short. Bref, vous imaginez donc que ce ballet n'avait pas rassemblé les foules, et c'est bien dommage. J'avais déjà eu à l'époque la place 1 du premier rang d'orchestre, entre l'orchestre et la prestation d'Alice Renavand (à l'époque seulement sujet), j'avais passé une super après-midi. Rebelote cette saison, avec une place de premier rang, ce qui permet de nouveau de voir ce qui se passe dans la fosse, mais cette fois-ci dans les ors de Garnier, bien plus intime, tout y est resserré et concentre l'énergie de ce magnifique spectacle.

 

Faut-il commencer par la musique ou la danse? Coupons le débat et commençons par l'histoire. Kaguyahime (qui se voit étrangement dotée d'un accent cette saison) est donc, dans cette version, une princesse de la lune qui est descendu sur Terre, au Japon donc, sur le Mont Fuji, pour apporter la paix aux hommes. Mais les peuples finiront par se l'arracher et se battre pour la garder pour eux. Au lieu de la paix, Kaguyahime apporte le désordre. Le prince Mikado la rencontre, lui propose de l'épouser. Mais elle est rappelée sur la Lune et doit partir.

 

Le ballet suit cette version en quelques étapes simples: la descente de la Lune, les offrandes des prétendants, une célébration au nom de la princesse puis des conflits et une guerre entre différentes factions, l'arrivée du prince et ses tentatives de la garder, puis son départ.

 

Une amie m’a dit a propos de ce ballet qu'elle venait certes pour la danse, dont on lui avait dit le plus grand bien, mais surtout pour la musique. En effet cette dernière joue un rôle considérable, à tel point que les musiciens finissent par sortir de la fosse pour se rendre sur la scène en plein spectacle. Un ensemble de percussions français avec des tambours japonais, qui font vibrer le parquet du parterre et remplissent les oreilles comme les loges d'une musique puissante, entre le sacré et le folklore japonais. La musique porte toute l'œuvre et y joue un véritable rôle, absolument nécessaire (en deux mots ce n'est pas Minkus sur Don Quichotte).

 

Les musiciens sont donc répartis en trois groupes. Les japonais et leurs tambours côté cour, très ordonnés, vêtus de blanc. Côté jardin l'ensemble français plus hétérogène, vêtu de noir. Entre les deux, sur un escalier qui relit la fosse à la scène d'une part et les deux groupes de musiciens d'autre part, trois musiciens en habit traditionnel japonais qui semblent respectés de tous. Nous avons doncdans la fosse la même configuration que sur scène: les deux groupes qui s'opposent pour obtenir la divinité qu'ils vénèrent tous.

 

Sur scène, Jiri Kilian a réussi ce que j'adore: un grand ballet narratif facilement lisible avec de la danse contemporaine. Les éléments narratifs se succèdent sans lourdeur ou temps mort, avec l'aide de la musique, la danse est captivante. Le premier solo me captive: que veut-elle me dire? Veut-elle me dire quelque chose? Peut être pas. La princesse descend, altière, de son royaume vers la Terre et s'exprime dans son langage.

 

Agnès Letestu sait combiner sa noblesse naturelle avec sa grâce et sa sensibilité. Pendant toute la soirée, qui me paraît décidément bien rapide, je lui trouve les mêmes qualités. En lui ajoutant rapidement celle de la sacralité. En effet des que les prétendants s'approchent d'elle, elle ne les regarde pas, continue d'avancer et se cache la vue d'un geste de la main.  Elle se distrait certes devant les danses des hommes et des femmes qui lui offrent des cadeaux, s'enfuie devant les conflits des hommes et semble s'effrayer des avances trop insistantes de Mikado et de ses gardes. Mais ceci n'est qu'un instant. Ne demandez pas d'évolution du personnage, elle est descendue princesse lunaire sur Terre et le reste, sans se corrompre ou se tâcher.

 http://s1.e-monsite.com/2010/07/10/06/resize_550_550//Kaguyahime.jpg

En face d'un tel personnage central avec une interprète qui captive autant l'attention, le personnage de Mikado ne deviendrait presque que narratif. Il aide aux portés, l'entoure d'un papier doré et lui montre toutes les richesses qu'elle pourrait avoir (en l'éblouissant elle comme le public d'ailleurs). Mais peu de danse, ce qui est bien dommage pour quelqu'un comme Vincent Chaillet. Le costume le fait d'ailleurs ressembler davantage au comte Dracula qu'a un prince japonais. J'ai hâte de retourner voir ce ballet pour voir Chaillet dans le corps de ballet.

 

Car c'est un très grand rôle que joue le corps, symbole de l'humanité ici. Les prétendants sont les premiers auxquels nous avons à faire. Ils traversent la scène les uns après les autres pour essayer de s'approcher de Kaguyahime. Sentiment de combat, déjà de la violence, pour essayer de pénétrer l'enveloppe sacrée qui entoure la princesse. Alors que les quatre premiers échouent plus ou moins rapidement, seul le dernier ose s'approcher réellement jusqu'à la toucher.

 

S'ensuit une scène de célébration avec des offrandes de cadeaux, sur des thèmes musicaux bien plus joyeux, avec des couples en blanc qui distraient la divinité qui les a adoptés. Mais dans les ballets, rare sont les scènes de bonheur qui finissent bien avant l'entracte. Commence alors un premier combat, quatre hommes blancs contre quatre hommes noirs, de merveilleux souvenirs reviennent de ma première présentation. Au son puissant des tambours, les danseurs s'affrontent un à un à un rythme hyper rapide. Les danseurs classiques de l'opéra réussissent la merveille combinaison du classique avec la violence du rythme. Alu ressort indéniablement de ce lot, tout comme Allister Madin.

 

La guerre continue après l'entracte, avec l'arrivée des femmes. Un musicien frappe sur la Lune qui orne le fond de la scène et se révèle être un tambour: la Lune devient guerrière. Descendus des cintres, de longues tiges de métal s'agitent, comme si tous les éléments étaient perturbés. Par deux, par trois, les danseurs s'affrontent, tout s'ensuit très rapidement, avec les musiciens qui montent sur scène rejoindre des tambours.

 

http://www.grandsballets.com/wp-content/uploads/2012/10/18_web_Kaguyahime-Les-Grands-Ballets_danseuse-Eva-Kolarova_Joris-Jan-Bos-Photography.jpgArrive ensuite la dernière scène de cette œuvre, avec l'arrivée du prince Mikado, qui ne descend pas de la lune mais de son trône placé en hauteur sur un rideau doré en fond de scène. Chaillet, Mikado, descend très hiératique pour voir ses gardes attraper Kaguyahime, qui parait tout d'un coup faible mais toujours supérieure (la taille de Letestu aide bien), comme si elle ne comprenait pas très bien ce qui lui arrivait. Mikado tente de l'impressionner, lui montre ses richesses comme pour l'attirer après l'avoir enveloppée du rideau doré. Mais Kaguyahime refuse et Mikado part via la fosse.

 

Lors d'une dernière danse devant les miroirs du prince, Kaguyahime se sent rappelée vers sa Lune et elle avance lentement vers le rond jaune-orange du fond de la scène alors que le rideau descend. À nouveau, une merveilleuse image....

 

Jiri Kilian rejoint les artistes sur scène et semble ravi de leur travail. Moi aussi en tout cas! Les images superbes se succèdent, avec une musique sublime qui reste dans la tète: que demander de plus?

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lou 04/02/2013 21:50

Vous écrivez merveilleusement bien et c'est un régal que d'imaginer ce spectacle à travers votre plume. Hélas j'ai vu Kaguyahime il y a quelques années au point de tout mettre en oeuvre pour
oublier cette soirée insupportable et c'est chose faite. Aussi, vierge de tout souvenir qui m'encombre, je vais me relancer à la découverte de cette belle princesse de la lune en espérant qu'elle
soit représentée par la sublime et incomparable Agnès Letestu dont vous dites qu'elle sait combiner bien des qualités, je n'en doute pas un instant. Toute autre interprétation pouvant nuire
gravement à ma santé, je vais faire très attention pour ne pas retomber pour quelques années encore dans les affres du désespoir artistique. Merci cher Ameyric pour votre joli style poétique autant
que raffiné et élégant qui suscite véritablement l'envie d'aller aussi frapper à votre loge !

Anna 03/02/2013 17:38

Oui, c'est un ballet magnifique , j'ai vu la distribution Renavand qui était très touchante . L'atmosphère de ce ballet est si prenante qu'on est tout éberlué en sortant de retrouver la frénésie
parisienne. J'espère que les liens entre l'Opéra de Paris et Kylian perdureront sous la prochaine direction.

Genoveva 03/02/2013 16:35

Que demander de plus ? voir toutes les distributions..... j'adore ce ballet et je vais y retourner bien sûr, mais je préférais le voir à Bastille, il y avait une vraie fusion fosse-scène,
musique-danse que je n'ai pas retrouvé à Garnier !

La loge d'Aymeric 03/02/2013 16:45



Sans aucun doute, je vais essayer d'aller voir Gillot et courir voir Renavand! J'imagine que dans les loges ou àl'amphi, la fusion doit moins bien passer, je verrai ça quand je ne serai pas si
bien placé!