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La Loge d'Aymeric

Roméo et Juliette par Briançon

9 Février 2014, 17:47pm

Publié par La loge d'Aymeric

7 février 2014

Théâtre de la Porte Saint Martin.

Mise en scène: Nicolas Briançon; Roméo: Niels Schneider; Juliette: Ana Girardot

Même si l'on connait leurs textes par cœur, je trouve qu'il est nécessaire d'aller voir de temps en temps des pièces des plus grands dramaturges de l'ère moderne, Shakespeare et Molière. Le Français reste incontestablement la maison de Poquelin mais je n'ai jamais trouvé leurs adaptations de Shakespeare éclatantes. Je vais quand même aller voir leur version du Songe, mis en scène par Mayette.

A Paris, il faut donc attendre des tournées British, comme celle de Sam Mendes il y a quelques années, ou alors assister à des tentatives par des théâtres français. Il y a de tout: un brillant Conte d'Hiver par Lilo Baur aux Abbesses, des Commères de Windsor bien lourdes au français, un Roméo trop vulgaire et peu approfondie à l'Odéon, ou alors une tentative réussie de Nicolas Briançon du Songe d'une nuit d'été. Ce dernier revient au Théâtre de la Porte Saint Martin pour une adaptation du plus classique des classiques, Roméo et Juliette.

Première épreuve du feu réussie, celle de la traduction. Ni trop populaire, ni trop guindée, chaque personnage a son style de langage, Mercutio parait donc encore plus poète tant ses tirades sont soignées. En face, le langage des deux amoureux parait très naturel. Ensuite, d'autres différences entre le frère Laurent, les parents, la nourrice.....

Le metteur en scène choisit de placer l'ambiance des familles rivales dans une atmosphère des parrains de la mafia siciliens. L'idée n'est pas mauvaise et semble inspirée du Roméo+Juliette de Luhrmann avec Dicaprio. Les deux pères en chef de clan, sous le pouvoir du Parrain/Prince, pourquoi pas. Tous s'y insèrent très bien, nourrice et prêtre inclus. Mais seul petit problème, pas le couple principal. J'ai du mal à voir Roméo en héritier de gang. Plus on avance dans la pièce, plus le fossé se creuse entre Roméo et Juliette et le reste de la troupe.

Ainsi les scènes qui mélangent Juliette et ses parents trainent un peu et je n'y crois pas tout à fait. La scène du père énervé tombe comme un cheveu sur la soupe par exemple. Heureusement trois rôles réussissent à relier le couple au reste de la salle alors que le reste de la troupe semble un peu à la traine,

Mercutio tout d'abord que j'ai trouvé amusant sinon réussi. La mise en scène lui donne un petit aspect Gainsbourg et décalé par rapport à ses amis qui ne comprennent pas toujours ce qu'il dit. Il en fait peut être un peu trop et j'ai du mal à croire à sa mort. Mais j’aime son aspect distant qui essaie de se marginaliser. S'il sert de conscience à Roméo, c'est surtout le frère Laurent, dont je ne me rappelais pas qu'il avait un rôle aussi important. Bernard Malaka assure la seule figure d'autorité et de conscience réelle. Enfin, Valérie Mairesse remporte la palme du meilleur second rôle, naturelle, aimante, pleine d'énergie, d’humour en nourrice-mama italienne.

A les voir ensemble, le couple principal semble évident, l'alchimie est sincère, trop naturelle entre eux pour qu'ils la montrent. Ils sont presque trop pudiques entre eux pour se dévoiler au public. Ils sont beaux comme tout, jeunes, et pour une fois je crois à une Juliette de 14 ans et à un Roméo à peine plus vieux. Chacune de leurs répliques d'hésitation au moment de la rencontre semble issue d'un journal intime d'adolescent, avec les problèmes de premières amours, comme l'état de Roméo après leur première nuit: est-ce l'idée de partir pour Mantoue ou l'épuisement de la nuit qui l'intrigue?

Le désespoir de Juliette est pour le moins étrange, on y croit un peu, puis pas trop, puis je réalise qu'elle ne sait pas tout à fait ce qu'est l'amour, j'ai l'impression de voir une amourette de collégienne qui se tue car elle ne réussit pas à supporter ce qui lui arrive. Schneider parait, sa voix aidant, beaucoup plus sérieux. Il a déjà connu l'amour, combien de femmes y a t il eu avant Rosalinde? Malgré les indications de Laurent sur son inconstance, je crois à son dévouement réel envers Juliette.

Quelques subtilités dans la mise en scène, les décors mobiles, habilement éclairés sont plutôt réussis et laissent la part belle aux acteurs. De plus les couleurs des robes ne font que confirmer les idées sur Juliette. Elle est la seule en blanc au bal de son père, au milieu de ses jeunes amies en noir. Elle reviendra avec une robe tachetée après la rencontre avec Roméo puis finira dans une robe de mariage rouge sang, annonciatrice de la fin tragique. Une idée intéressante sur l'évolution de la jeune fille en femme. Les références sexuelles restent d'ailleurs tolérables par rapport au reste de la mise en scène.

En choisissant de mettre en scène Roméo et Juliette, classique entre les classiques, il est nécessaire de prendre un statut fort, qui fasse sortir la pièce de la ruche parisienne, au risque qu'elle devienne un n-ieme Roméo et Juliette. Briançon avait choisi le glamour pour son Songe, production et distribution et c'est ce qui m'est resté comme image. Malheureusement, aucune image ne me reste ici particulièrement en tête et j'en garderai simplement le souvenir d'un couple amoureux et sincère sur scène. C'est déjà ca, mais il aurait du trouver un moyen de mettre davantage en valeur cette pièce.

Roméo et Juliette par Briançon

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