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La Loge d'Aymeric

Purcell oui, Blow moins au TCE!

18 Décembre 2012, 12:38pm

Publié par La loge d'Aymeric

Vénus et Adonis, John Blow. Vénus: Hasnaa Bennani; Adonis: Nicolas Rivenq; Cupidon: Aurore Bucher.
Didon et Enée, Henri Purcell. Didon: Máire Flavin; Enée: Nicolas Rivenq; Belinda: Sabine Devieilhe; Magicienne: Marie-Laure Coenjaerts
Ensemble vocal de l'atelier lyrique de Tourcoing
La grande écurie et la chambre du roy
Direction musicale: Jean-Claude Malgoire

En prenant mon billet, je ne pensais voir que l'oeuvre de Purcell, une des mes pièces préférées, tout y est concentré, rien n'est en trop, tout y est beau. Et même au bout de la troisième fois, je savais que j'aimerais autant. Ce premier opéra baroque anglais porte en lui toutes les caractéristiques du genre.

Mais oups, en fait il y avait le Vénus et Adonis en première partie, de Blow, le maître de Purcell. Cette oeuvre, un mask composé pour la cour de Charles II, est passée en version scénique au Comique la semaine dernière et j'étais assez mécontent de ne pas l'avoir pu mettre dans mon emploi du temps. Finalement aucun regret, cette oeuvre a certes quelques bons moments et bonnes phrases mais c'est dans l'ensemble bien creux.

http://pic.billetreduc.fr/n180/vz-cb1dba17-c158-491b-9b80-e3fb907c3ee3.jpegLa faute n'est pas aux interprètes, une très bonne Vénus et un bon Adonis, ainsi qu'une malicieuse Cupidon. Amusant d'ailleurs d'avoir choisi la moins jolie des chanteuses et le moins jeune des chanteurs pour le couple phare. Enfin bon, leurs prestations ont largement dépassé ce léger détail et ma mesquinerie.

Mais sinon, comparé à la fête baroque que m'avait offerte Artaserse, je suis déçu par l'orchestre qui ne relève pas beaucoup cette partition. Les meilleurs moments cependant sont lors de la chasse (comme souvent en baroque, cf Hippolyte et Aricie), ainsi que le joli final. Le moment où Cupidon épelle le mot mercenaire est très drôle, on dirait que c'est précurseur de YMCA! Blow, le premier Village People?

Au moment où je me suis assis sur mon strapontin surélevé du premier balcon, mon voisin de derrière a commencé à s'énerver: "je ne vois rien, vous ne voulez pas reculer? Ou vous asseoir sur les marches?" Lorsque je dis platement et poliment non, il commence à pester contre les jeunes et les places à dix euros qui leur sont réservés. Il me demande de me pencher légèrement sur le côté, ce qui finit donc par un mal de dos effroyable. Je cherche donc fortune à l'entracte et finis en plein milieu de la corbeille. Peste soit des vieux désagréables.

Conditions donc optimales pour apprécier Purcell. Et à nouveau j'ai adoré l'œuvre qui est passé en un clin d'oeil. Elle est quand même bien plus dense que le mask de Blow. L'élève a clairement dépassé le maître, que personne n'ose remettre cela en question. Je reste de nouveau un peu déçu par la musique, qui avait été bien plus puissante au Comique la saison passée avec William Christie et ses Arts Florissants, même du haut de l'amphithéâtre.

Mais les interprètes sont de nouveau très bons, Didon est particulièrement superbe, elle habite complètement le personnage et réussit à nous communiquer de fortes émotions. Enée est chanté par l'Adonis de tout à l'heure. La même personne joue donc l'amant et le fils de Vénus. Euhhhhh, les mythes romains gardent encore de nombreux secrets.

La dernière lamentation de Didon, tout comme ses premiers chants avec sa soeur au début de l'oeuvre, tout est vivant, réel et tragique. Pas le temps de s'étaler dans cet opéra, allons au plus important. Réussir à exprimer un tel lyrisme en anglais, ce n'est pas toujours facile.

Les magiciennes ou sorcières tout droit venues de Macbeth plutôt que de l'Enéide, sont sneaky comme il faut, bien méchantes dans leurs voix. "Nous n'aimons pas les gens heureux" cela fait si conte d'enfant, j'adore.

Belinda a également une jolie représentante ici, toute mignonne et avec une voix ravissante et juste qui enchante la salle. Ce rôle, que ce soit dans Berlioz ou dans Purcell permet souvent une jolie interprétation. Deux solistes femmes donc très bonnes dans un ouvrage qui les met particulièrement en valeur. Et comme toujours à la fin, j'en veux encore!!

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